• Vendredi soir avec le violoniste Yves Teicher, au Babazula

     Yves Teicher

     

    Yves Teicher, 8 juin 2018.Teicher se produit trop rarement en public, et le plus souvent pour des cachets ridicules, il faut croire que les programmateurs et opérateurs culturels sont allergiques à la vie même dans toute sa beauté. Hier soir l'improvisateur liégeois était au Babazula, un jeune café rennais qui accueille des expositions (en ce moment des toiles et encres flamboyantes de Gwenn Audic) et des concerts. Une bonne trentaine de personnes constituaient le public, réunies pour ce rendez-vous de qualité dont elles furent les hôtes privilégiés. Le genre de moment qui vous fait d'un rustre un mélomane, d'un esclave un être libre, en présence d'un tel exemple de virtuosité débridée.

    Aussi bien dans des compositions ou improvisations déchirées que dans sa reprise de standards, toujours revisités via une maestria incroyable d'amplitude et de précision, Yves Teicher ne quitte jamais une musicalité généreuse à l'extrême, de l'instant le plus âpre ou le plus grinçant à l'instant le plus chaudement mélodieux, sans compter cet humour qui préside à son art, fût-il noir ou rutilant. Ainsi des interprétations de Night in Tunisia, Nuages ou Summertime, avant-hier soir. Ou de l'interprétation déhanchée d'une gavotte de J.S. Bach.

    Son Nuages déboucha sur un poème d'André Laude, que le musicien lance avec force à la tête du public, car c'est aussi un vrai talent théâtral que celui d'Yves Teicher, et une rage de vivre et de révolte qui trouve dans les mots de certains poètes ou dans les siens un débouché implacable.

    "Nuages" (D. Reinhard), texte d'André Laude, par Yves Teicher, le 8 juin 2018

    En deuxième partie il dialoguait avec Henrique Carvalho Mendes Santos, un jeune guitariste brésilien installé à Rennes qui proposait de chatoyantes musiques du nordeste. Il montrait alors combien il sait attraper les airs et les redessiner à coups d'archer et de pizzicatos. Cemil, l'un des deux gérants du bar, est alors tout près de la scène, à l'écoute, il est saisi. Pendant les derniers applaudissements il passe le chapeau, qui recueillera de quoi payer le carburant pour la route entre Rennes et Liège, et il serre les deux musiciens dans ses bras chaleureux, avec amitié.

    "Summertime" (Georges Gershwin), par Yves Teicher, le 8 juin 2018

     

    Un des grands jazzmen de ce temps était à Rennes ce vendredi, c'est bon de le dire. Ce sera bon, la prochaine fois, ou que ce soit, de revenir et d'inviter les amis, les absents, les vacants, pour que d'autres oreilles puissent entendre, d'autres cœurs s'ouvrir.

    ***

    En 2016, Yves Teicher publiait chez Home Record, un CD intitulé Monade, le plus récent à ce jour, à recommander à ceux qui veulent découvrir ce musicien sans frontières, on peut lire ici un article de Jazzaround qui lui est consacré. On peut lire aussi un billet précédent : Yves Teicher, violoniste mongol, ou l’art de rendre heureux.

    Voir aussi le site officiel dYves Teicher : ici

    Le Babazula, 182, avenue Patton, Rennes (tél : 09 51 95 37 67), sur Facebook


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