• Hein ? Décence ?

     Gedicus


     C’est tellement con que l’on voudrait prendre ça à la rigolade mais c’est pris au sérieux par trop de gens, avec la promesse de conséquences trop graves,  pour qu’on se contente du parti d’en rire.

    Oui, le Burkini est aussi moche et ridicule que l’étaient les tenues de plage de nos grand-mères ou que le sont les combinaisons de « longe-côte » qui sévissent aujourd’hui, et même que certaines exhibitions naturistes. Mais entendre des démagogues politicards invoquer le « respect des bonnes mœurs » pour justifier son interdiction a de quoi faire suffoquer devant la puanteur que dégage ce discours.

    La notion de « décence », n’étant dépendante que de ceux qui la profèrent, a été sujette à bien des fluctuations au fil de l’Histoire des sociétés. Mais la manière dont on l’embrigade aujourd’hui ne tiendrait qu’à la bouffonnerie s’il n’y avait en cela une façon bien merdeuse d’ouvrir la porte à des saloperies.

    Hier, la « décence » fermement prônée par des personnages de la même famille que nos démagogues, c’était de ne pas montrer son cul, ses seins, ses cheveux (Les femmes devaient se couvrir d’un foulard pour entrer dans les églises, et avoir une jupe trop courte ou un décolleté trop généreux pouvait les en faire expulser) (1). Aujourd’hui, l’indécence n’est pas d’afficher des filles à poil pour vendre des bagnoles, des brosses à dents, des parfums, et toutes les marchandises possibles. C’est se couvrir pour aller se baigner.

    Certes, c’est sans doute peu confortable et on comprend bien que c’est un pis-aller pour les femmes qui ont recours à cet expédient. On imagine que bon nombre d’entre elles préféreraient ne porter ni Burkini, ni Burka, ni Tchador, si on leur en laissait le choix, et on n’ignore pas que certaines ont le courage de ce battre contre ces camisoles et l’esclavage qu’elles symbolisent. Mais il faudrait être bien niais pour croire que l’interdiction de les porter a pour but d’aider ces femmes à se libérer de ces « bâches » et de ceux qui les y incarcèrent.

    La liberté de ces femmes, les politicards censeurs s’en foutent. Outre le fait qu’on n’a jamais assuré la liberté par des interdits, il saute aux yeux que ce que veulent ces démagogues c’est saisir ce prétexte pour dresser toujours plus les français qu’ils disent « de souche » contre les gens amalgamés au fanatisme « islamiste » à cette occasion (2). Ils veulent attiser les peurs et les haines pour se faire élire et réélire en jouant les Charles Martel. Et c’est avec une roublardise sans vergogne qu’ils prétendent agir ainsi pour éviter « d’aviver les passions et les tensions » alors qu’il est bien évident que leur action ne produit que ça (3).

    Mais ce qui est vraiment « indécent » de leur part, c’est de se servir des victimes du terrorisme pour justifier leur action. C’est de les embrigader pour faire avaler leur soupe nauséabonde (4). Qu’ils osent ensuite parler d’ « instrumentalisation » pour se fâcher contre ceux qui dénoncent ce comportement c’est l’hôpital qui se fout de la charité, comme disaient nos grand-mères.


    Le burkini serait donc, à les en croire, l’uniforme de la cinquième colonne du djihadisme. L’instrument du « prosélytisme » permettant de faire plonger ceux qui le voient dans le fanatisme !  C’est beaucoup exagérer l’impact de cette tenue vestimentaire. Si tel était le cas, tous ceux qui ont dans leur vie croisé une soutane seraient devenus catholiques intégristes ! Mais, heureusement, le fait de voir une croyance religieuse affichée ne convainc pas forcément de s’y rallier. S’il s’agit, comme on l’affirme, de défendre un mode de vie,  une « culture », force est de constater que c’est une culture bien fragile que celle qui peut se sentir menacée par un emblème d’obédience à une religion, aussi « ostentatoire » soit-il (5). Il faut avoir bien peu confiance en ses « valeurs » pour les sentir menacées par un bout de tissu.

    Mais l’interdiction de porter ce vêtement (inventé par une styliste australienne ayant le sens du business et qu’en vérité les « fous d’Allah » réprouvent) fait, elle, du prosélytisme,  à l’opposé de sa prétention affirmée. Elle rend service à ceux qu’elle prétend combattre en leur fournissant un argument en tissu brodé d’or. Même un journaliste s’en aperçoit : Cette « interdiction génère des crispations très fortes dans une grande partie de la communauté musulmane, et en donnant corps à la propagande jihadiste, il n'est pas impossible que cette polémique génère une fracture, un dégoût de la France chez certains musulmans, au-delà même des cercles salafistes ou jihadistes. A l'heure où l'on parle de la nécessité de développer un discours pour contrer le narratif jihadiste, on s'aperçoit que non seulement ce contre-discours n'existe pas, mais qu'en plus, certaines autorités françaises offrent de quoi renforcer ce contre quoi elles pensent lutter » (6).  Bref, les démagogues anti-burkini,  qui prétendent combattre les « communautarismes », passent leur temps à les fabriquer et les dresser les uns contre les autres (7).

    Attiser la haine de l’autre, des « pas comme nous », a toujours été la technique des Iznogoud quand ils n’ont rien de mieux à proposer, ce qui est le cas aujourd’hui, leur « civilisation » prenant l’eau et les radiations de toutes parts. Diviser pour mieux régner, quitte à régner sur un chaos, est la vieille recette qui marche toujours. Il est bien triste de devoir le constater.


    Mais, si l’on veut tenter de mettre un coup d’arrêt à ce délire asphyxiant, il s’agit, encore et toujours (8), de défendre la liberté de toutes et tous à se vêtir ou se dénuder, se coiffer, comme ils l’entendent ; s’enrouler dans une bâche ou se tatouer,  se planter une plume sur la langue ou une perle dans le cul, etc. sans obligation, ni contrainte.

    Gédicus,
    Les éditions du bras d’honneur, 2 septembre 2016.
    http://gedicus.ouvaton.org

    1- C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles mes amies, mes amis et moi, refusions de fréquenter ces lieux, même en touristes.
    2 -  « Un islamisme conquérant veut nous imposer sa façon de vivre ». Lionel Luca, maire de Villeneuve-Loubet, Libération, 14-15 août 2016.
    « Les femmes qui s’adonnent à cette pratique sont –consciemment ou non- complices de ceux qui nous font la guerre ». Lionel Luca, Le Parisien, 16 août 2016.
    3 - Voyez comme ils sont contents que leurs interdits soient, à leur tour, interdits par le Conseil d’État. Comme ça leur donne l’occasion de poser aux « résistants » contre le supposé « laxisme » de leurs concurrents, qui ne sont pourtant pas manchots non plus dans ce domaine.
    4 - Lionel Luca (toujours lui !) feint de s’affliger que, en cassant son arrêté anti-burkini, le Conseil d’État « considère que le terrible attentat du 14 juillet à Nice n’est pas un traumatisme suffisant pour que les maires soient fondés à intervenir ». Le Point, 26 août 2016.
    5 - Pour ma part, bien que je trouve les « gris-gris » de toutes les religions parfaitement ridicules et méprisables, je ne souhaite pas leur interdiction (Je reste adepte de l’interdit d’interdire, car je sais que l’interdit renforce ce qu’il croit démolir). Je me contenterai de continuer à m’en foutre complètement, y compris à la manière du père Prévert (Croâ, croâ). Les religions sont des bouées (percées). C’est parce que le monde est en plein naufrage que de plus en plus de gens s’y accrochent. Les en priver ne les empêchera pas de les désirer, toujours plus agressivement.  Ce n’est que la construction d’une société plus saine qui pourrait faire que ce désir tombe, et laisse place à des comportements moins névrotiques. Pour ça, il y a du boulot !
    6 - David Thomson, France Info, 24 août 2016.
    7 - Qui voudrait lire mon propos comme défense d’une lutte contre l’« islamophobie » n’aura  rien compris : Il est bien évident que derrière le discours contre l’islam radical se cache (à peine) un racisme anti-arabe des plus classiquement puants, dressé contre tous les arabes ou supposés tels (Vous avez remarqué que dans les médias on parle souvent de « français d’origine maghrébine » jamais de « français d’origine auvergnate ». Étonnant, non ?) y compris s’ils sont chrétiens ou athées (Si, si, ça existe !). Comme derrière l’invocation de la « laïcité » se cache (à peine) la défense de certaines « traditions » (saucisson, pinard) contre d’autres sentant moins le béret ou la cornette. Ce n’est donc pas l’Islam (quel qu’il soit) que je défends. C’est le racisme que je combats.
    8 - Voir, Ni foi, ni loi, Gédicus, Les éditions du bras d’honneur (mars 2004).


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