• le suicide a fait son temps

     

    non ils n’apprendront rien
    et moi non plus

    pourquoi serai-je un autre
    qu’importe
    l’humanité telle qu’en elle-même
    où l’effroi dessine les visages, les réflexes et la stupeur
    quand arrive l’événement pour que monte à la surface, le fond
    non pas la cruauté mais la crudité – elle est cruelle
    ou l’héroïsme, la crispation, l’exaltation
    et ceux qui meurent trop vite comptent double sur l’échiquier
    tandis qu’on les oublie sous des hommages ou l’anonymat
    le sentiment d’en réchapper revient aux survivants
    mais la fin se voudrait douce et non comptable
    les dépouilles se mélangent les unes aux autres
    je-tu-il lave le monde avec ma-ta-sa solitude
    il pleut des accidents cardiaques
    des courbes comme des arcs-en-ciel
    des chiffres, des étouffements, des oublis
    à l’intérieur du dedans
    les enfants sont lassés de naître
    la chair palpite
    la chair est crue
    la viande humaine a goût de soufre
    un nuage immobile sème la nuit plus avant
    la paupière ne se relève plus
    tu as faim de lumière
    tu ne nommes pas la mort
    et me traites d’obsédé
    parce que j’annonce la vie
    sans oublier le sort
    profil toujours caché
    mais source de bonté
    tout autant que de peur
    le récit des choses se précise
    il faut bien ajuster la fable de temps à autre
    que nous parlions tous de la même chose au même instant
    la guerre est pour cela idéale
    mais aussi l’inévitable court-circuit
    sur fond de mondialisation auto-réalisatrice
    l’Histoire appelle ses ouailles
    la messe a besoin d’être dite
    et nous autres de communier
    mais jamais l’esprit ne descend assez bas
    – l’esprit ?
    la terre est affreusement sèche

    le souffle dans la quena reste muet
    que vaut donc la voix intérieure ?
    n’attendons plus de mourir pour parler
    avec les mots qu’elle nous apporte
    ils sont servis sur un plateau
    nous n’avons plus qu’à dire
    MERCI

    ne reste qu’à soulever l’enclume
    et battre le fer chauffé à blanc

    la braise couve depuis mille ans
    la peau de nos mains s’est brûlée
    mais elle peut redire son mot
    à coup de gifles permises ou non permises
    à coup de coups donnés ou délivrés
    à coup de « sapristi » et de gourdin
    il faudra bien séparer la vie dévêtue
    d’avec la mort maquillée
    et choisir son camp
    le suicide a fait son temps
    essayons de désarmer
    quoi qu’il en coûte !
    il se peut que le vieux monde
    s’efface de lui-même, sinon
    nous lui servirons de gomme
    ce qui n’a plus de sens
    n’en avait déjà pas

    tandis que les machines et les montres
    tiraient sur le ressort de l’efficacité

    nous avions nos cœurs plus que nos calculs
    nous avions des lois jamais écrites

    L’AMITIÉ NOUS A TOUJOURS SERVI D’HÔPITAL

    aujourd’hui encore
    et encore demain

    terre à terre
    et pied à pied
    nous servirons la soupe aux désarmés
    et à ceux qui viennent
    les enfants n’ont rien demandé
    ne leur donnons rien
    qui ne soit une route.

    Jean-Claude Leroy


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