• À l'intérieur/De l'intérieur

    "Cartel" de rard Gourmel, lu par Jean-Claude Leroy

    «Je ne peux respirer cela me tue. Quelque chose manque m’étouffe. »
    in Gérard Gourmel, Cartel, p. 60.


    À l'intérieur/De l'intérieurPour le lecteur de surface – le lecteur – il faut que ça aille vite, et tout dire. En finir bien ou mal, mais toujours bien. Il faut ce qu’il faut de déjà lu pour s’y retrouver et suivre la rampe d’une main sauve et embraillée. Cependant, il est des textes qui appellent à « l’expérience » et font du lecteur un peu plus qu’un simple cueilleur. Par exemple en le déportant, ou encore en le plongeant dans quelque chose de follement intime. Disons intime, follement, où se nouerait donc « l’exercice écriture »…
    Justement, avec Cartel nous sommes dans l’écriture, de même que l’écriture s’est mise à l’intérieur. À l’intérieur toujours, mais pas toujours du même quelqu’un…
    Ah oui ! il y a un crime qu’on ressasse moins qu’on le redessine, un aveu moins qu’une revendication, aveu qui bat de la voix. Il circule sans corps, dans une seule empreinte, mais sans l’identité. Dès lors Gérard Gourmel nous fait entendre un murmure qui date d’avant l’académique inspection : murmure diablement rythmé, ensoufflé, comme de la poésie lyrique, qui se serait enhardie. C’est qu’elles ne savent pas construire les phrases, ces voix, glissées dans la même ; c’est qu’elles n’ont pas de raison de les construire comme nous autres innocents. Assez enfermées sont-elles, alors elles attrapent plutôt le hoquet, l’asthme, le râle, la joie aussi.

    «Comment demeurer dans l’impossible ? » semble demander le corps générique. « D’hiver les arbres sont morts. Morts nus. Les arbres noirs. » L’espace n’est plus où se mettre quand on n’est plus normal. L’échancrure de la bouche laisse passer des mots pour personne, et la personne entend parfois quand, à condition d’être toute seule au monde, elle peut lire ou entendre ce qui se dit en se survivant. De l’intérieur.

    Dans le devenir-mausolée du metteur en acte Claude Esnault, la comédienne Sylvie Boutley respirait Cartel admirablement ce soir-là. C’était sur la scène du théâtre Scarron (Le Mans) au seuil de ce printemps déjà torride. Et ceux-là, dans la salle, estomaqués par l’émotion, l’incroyable force d’une écriture, de celle qu’on reçoit avec ce sentiment d’entendre naître quelque forme qui prend sa place parmi les grandes voix solitaires de la littérature…

    Jean-Claude Leroy
    in L'Anacoluthe n°6, 2003. 
    * Gérard Gourmel : Cartel, Éditions Cénomane, 2003.

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