• Albert Cossery ou l'efficacité révolutionnaire

    Jean-Claude Leroy    Albert Cossery

    Albert Cossery ou l'efficacité révolutionnaire Itinéraire d'un écrivain égyptien
    de langue française

    (Paru en 2010 dans la revue Altermed, dont le dernier n°4 paraît ces jour-ci, ce papier sur  Cossery, trois ans après sa disparition)

    En plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, à la brasserie « Le Chai de l'Abbaye », dimanche 22 juin 2008 en début de soirée, un serveur restait perplexe en entendant prononcer le nom d'Albert Cossery. Sur qui l'interviewait donc ce client fébrile, pèlerin de hasard ? Le lendemain, les journaux apprenaient à ces deux protagonistes d'une conversation impossible que l'écrivain résidant depuis plus d'un demi-siècle à l'hôtel voisin « La Louisiane » était mort la veille, le 22 juin au matin, dans son lit. Il avait passé des milliers d'heures dans cet établissement, attablé seul ou avec un ami, le cinéaste Michel Mitrani par exemple, ou encore un jeune disciple venu rencontrer un maître ignorant la pose. À bientôt 95 ans, il était temps sans doute qu'il quittât le monde d'imposture que ses livres dénonçaient, d'autant que les sujets portant à rire se font décidément payer bien cher.

     

    Pour un certain nombre de jeunes gens, Albert Cossery fut une sorte d'écrivain modèle, à la fois homme exemplaire et moraliste sans faille. C'est qu'il s'en tenait à de rares principes très peu dans l'air d'une époque lestée d'affaires privées, de possessions aliénantes, de prouesses inutiles. Lui ne possédait rien, sinon quelques vêtements, une bouilloire électrique et un téléviseur qu'on lui avait offert. Dans la rue ou dans la lucarne, il contemplait les sots, les suffisants, les miséreux, nous tous. Son amusement avait souvent des allures de rage révulsée, Cossery n'était ni un cynique ni un indifférent, il compatissait à sa façon, irrésistible.

     

    *

     

    Albert Cossery naît au Caire en 1913 d'un père rentier et d'une mère dont on sait juste qu'elle était illettrée. Il fréquente les écoles françaises. Dès l'âge de dix ans, grâce à des frères plus âgés, il découvre Baudelaire, Rimbaud et il se met à lire les classiques, notamment Dostoïevski et Stendhal, auteurs qu'il citera toujours parmi ses préférés. Les lisant il pressent sa propre vocation littéraire, ne doute pas de devenir écrivain.

    Dès sa jeunesse il cherche à plusieurs reprises à s'embarquer pour l'Europe, il échoue, ou encore un frère le rattrape, le convainc de revenir. Quelques années plus tard, en 1935 et en 1937, il séjourne à Paris pour y suivre des « études » d'un genre particulier, plutôt buissonnier, comme en mènera un héros du Complot de saltimbanques. C'est alors le Paris de Montparnasse et Cossery est là non pour obtenir un diplôme mais pour observer, rencontrer des gens d'esprit, de jolies femmes, s'amuser.

     Au Caire il habite un temps avec une compagne, Ruth, dans un petit appartement d'une vieille maison située dans le quartier de la citadelle et qui sera bientôt le décor branlant de son premier roman (par la suite, probablement sans profit pour sa carrière, l'architecte Hassan Fathi y habitera à son tour). Dandy révolté aux idées révolutionnaires, assez conforme finalement à une frange de la jeunesse égyptienne lettrée des années trente, Cossery fréquente le groupe Art et liberté (fondé par Ramsès Younan (1) et  Georges Henein (2)). Il signera le manifeste Vive l'art dégénéré (décembre 1938) en soutien aux peintres bannis par le régime hitlérien. C'est seulement peu à peu qu'une tout égyptienne « philosophie de la vie » s'impose à lui et vient fleurir dans ses romans. Pour l'heure il est un rebelle qui paraît prêt à en découdre, il suffit de lire les premiers textes qu'il publie, s'indignant de la scélératesse des puissants de tous niveaux et revendiquant pour le peuple.

    Régulièrement Cossery et Ruth reçoivent les amis, et il rédige d'après nature les pages que ses lecteurs découvriront plus tard. Les personnages de ses nouvelles ou de ses romans ont tous existé ; il a souvent expliqué, non sans modestie, qu'il n'avait fait que transposer et tout juste construit des histoires propres à rendre leurs personnalités et leurs propos, autant dans leurs formes spirituelles que dans leurs contenus fatalistes, indignés ou vengeurs.

     On sait, par exemple, que le personnage de Gohar dans Mendiants et Orgueilleux a pour modèle Foulad Yegen, écrivain fort doué, issu d'une famille riche, tombé en déchéance avec le soutien de boissons fortes et de drogues mais ayant gardé son sens de l'humour jusqu'au terme de sa brève existence.

    Cette transposition qu'il opère c'est aussi celle de la langue arabe d'Égypte dont il conserve certains traits lors du passage au français. Les dialogues, en particulier, sont une assez fidèle restitution du parler égyptien. Nul effet d'exotisme cependant, mais une sorte d'intemporalité ainsi qu'un sens de l'invective jurant sur le génie français si obstinément courtois. Usant d'un vocabulaire simple, quasi générique, pour ce qui est de la part descriptive du moins, Cossery laisse le lecteur se projeter dans les situations à la fois fantaisistes et édifiantes qu'il invente. Son dessein est avant tout de dénoncer une société falsifiée par le profit matérialiste, la vanité, la haine. Il oppose bientôt à ce modèle dominant un contre-modèle édifié par des misérables sans ambitions, des contemplatifs sans mystique, des révolutionnaires résolument pacifiques. Et son rôle à lui c'est d'être le poète, « celui qui va au marché, qui regarde partout, qui ne vend rien, qui n'achète rien et s'en va en emportant tout . » (3)

    Cossery a 23 ans quand Un homme supérieur (4) paraît, en décembre 1936, dans une des revues francophones qui existent au Caire à cette époque : La Semaine égyptienne. Cette même revue publiera en 1941 son premier livre : Les Hommes oubliés de Dieu. Quelques nouvelles traduites en arabe sortent dans el Tatawor (Le Progrès) mais la censure en suspend très vite la parution. En 1945, un homme qu'il connaît bien, Henry Miller, publie dans la revue new yorkaise Accent un article très élogieux où il le rapproche des grands auteurs russes et déclare même que son livre est de ceux qui annoncent les révolutions. C'est qu'il fait parler la multitude, celle-là même qui ne peut être dupe de l'injustice et de l'imposture, car elle a faim et son regard est affûté. En cela Cossery a suivi le conseil d'un de ses amis et futurs personnages : « Si tu n'écris pas ce que tu vois là, ce n'est pas la peine d'écrire. » Or un besoin confus de révolution résidait bel et bien dans le peuple égyptien, et peut-être aujourd'hui encore sous formes de colères spontanées réveillées par la disette.

    « Je me croyais invincible, je voulais voir cette guerre de près, mais comme observateur. » (5) En effet, en cette période mouvementée Albert Cossery s'engage comme steward sur un navire qui effectue le trajet Le Caire-New York, par Le Cap. À New York il se retrouve bloqué au camp d'Ellis Island avec d'autres suspects considérés comme communistes ou sympathisants, il doit sa libération à un écrivain anglo-saxon qu'il a connu en Égypte, son ami Lawrence Durrell. Au retour il séjourne à Londres, en gardera un excellent souvenir.

     En 1943, Henri Curiel, familier de Cossery et très ami de Henein, fonde le Mouvement Égyptien de Libération Nationale. En 1944, le même Georges Henein, et sa femme, Boula, fondent les éditions Masses et publient un premier livre, le premier roman de l'ami Albert : La Maison de la mort certaine.

     Les livres de Cossery circulent, grâce aux conseils d'Albert Camus ils arrivent aux mains d'un libraire-éditeur d'Alger, Edmond Charlot. Il a déjà à son catalogue Jean Grenier, dont il a été l'élève, Federico Garcia Lorca, Henri Bosco, Gertrude Stein et... Albert Camus. Au sortir de la guerre il s'installe à Paris et publie à son tour en 1946 et 1947, les deux livres de cet Égyptien francophone qui commence à se faire connaître. Auparavant La Maison de la mort certaine a paru en feuilleton dans Les Lettres françaises, la revue culturelle du parti communiste.

     En 1945, Cossery est arrivé à Paris avec dans sa valise deux costumes, une lettre de Henry Miller et pas mal de feuillets qui seront dans ses futurs livres. Il habite d'abord un studio à Montmartre, fait la navette entre chez lui et le quartier de Saint-Germain où il passe ses soirées. Durant un temps il occupe une vague fonction au TNP, où il rencontre la comédienne Monique Chaumette qui sera son épouse pour un mariage de courte durée durant lequel tous les deux partagent un vaste appartement avec le frère de Monique, François, comédien lui aussi. Finalement, en 1955, Cossery s'installe à l'hôtel La Louisiane, qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort (6).

     Cossery apprécie avant tout les gens d'esprit, il entretient ainsi une amitié avec Albert Camus, Alberto Giacometti, Louis Guilloux, Jean Genet, Mouloudji, Georges Moustaki... Il aime aussi les jolies femmes, les collectionne. Non sans raison, ses lecteurs souligneront parfois l'aspect caricatural des personnages féminins de ses romans, y voyant de la misogynie. Il s'en défendra, et pas toujours très bien.

     En 1955, son roman Mendiants et orgueilleux figure sur la liste des favoris au prix Goncourt, et il obtient un bon succès public. Pour beaucoup, il demeure son chef-d'œuvre. Il y est question d'un professeur de littérature devenu volontairement mendiant parce que « enseigner la vie sans la vivre est le crime de l'ignorance le plus détestable. » Cet homme, qui est le contraire d'un criminel, va pourtant, comme rejoint par d'anciens démons, tuer une femme dont les bijoux en toc ont brillé tout à coup comme de l'or... Au terme du récit, on voit le policier chargé de l'enquête renoncer à son métier et, imitant Gohar, le coupable qu'il n'a pu confondre, se faire mendiant lui aussi. Un peu comme Cossery lui-même. En effet, ses droits d'auteurs restant trop maigres, ses amis peintres ou sculpteurs lui offrent des œuvres qu'il vend aussitôt, c'est leur manière à eux de l'aider à payer sa chambre - ainsi va la camaraderie de ce temps ! À d'autres moments aussi, et jusqu'à la fin, d'autres amis l'aideront.

     Dans chacun de ses romans on retrouve un personnage emblématique auquel il fait dire ce que lui, homme averti, pense de la vie. En ce sens, il s'agit presque de contes philosophiques, de manuels de lucidité non-souffrante.

     De ce point de vue, La Violence et la Dérision (1964) est exemplaire. Si le héros n'a pas la hargne revendicatrice des personnages qui animaient les nouvelles proposées par le jeune Cossery, on peut y recenser toutes les idées de la maturité de l'écrivain. Quand Taher, militant révolutionnaire, déclare :

     « Mais il y a le peuple. Tu oublies le pauvre peuple ! Il ne rit pas, lui ! » Heykal, porte-parole de l'auteur, répond : « Apprends-lui à rire, Taher Effendi. Voilà une noble cause. » Plus loin, le lecteur constate que la leçon a porté : « Taher avait fait la paix avec ce monde risible et détestable. Il n'y voulait rien changer, il le prenait tel quel, avec ses éclopés et ses aveugles. C'était comme un immense besoin d'amour. Il ne croyait plus en la misère du peuple. » Entre-temps, Heykal lui a montré que la haine ne pouvait servir que les bouffons méprisables qui en sont l'origine... Près d'un de ses amis dont la mère est une vieille folle, mais avec laquelle Heykal a de bouleversantes conversations sur le genre humain, il insiste pour que la vieille folle ne soit pas envoyée en clinique :

     

    « Elle ne servira qu'à leurs sales expériences. Elle souffrira.

    - Tu crois qu'elle ne souffre pas ?

    - Si tu veux savoir, elle n'a aucune idée de la souffrance. Il n'y a que nous pour la regarder et

    souffrir.

    - Comment ! Toi, Heykal, tu souffres ?

    Heykal avança la main et toucha le bras du maître d'école dans un geste de supplication.

    - C'est un bien précieux que tu as là. Ne l'abandonne pas à ces brutes. Ce serait une

    monstruosité. »

     

    Dans ce roman majeur, plus que de Gontcharov, avec son roman Oblomov, souvent cité à son propos, Albert Cossery se rapproche davantage du Dostoïevski des Démons, mais là où Stravoguine épouse une femme boiteuse pour s'humilier, au risque de l'aimer, Heykal donne son amitié et sa confiance à une vieille démente qui apparaît pour lui seulement comme une sage recluse, épouvantée par le monde, avec raison. N'est-ce pas elle qui lui demande : « Comment sont les hommes à présent ? Sont-ils toujours aussi méchants ? » Au-delà d'une fable politique il expose ici une intense humanité, passée de mode dans la littérature française d'aujourd'hui...

     Dans Une ambition dans le désert (1984), le seul de ses romans qui ne soit pas situé en Égypte, on peut suivre la calamiteuse mise en œuvre d'un projet typique de tyran. Le premier ministre du Dofa, nom fictif du pays du golfe Persique où se situe l'action, est en effet l'instigateur d'une vague d'attentats faussement chargés de déstabiliser son pouvoir, alors qu‘il s'agit au contraire d'attirer l'attention et de rehausser son prestige vis-à-vis des nations voisines et de la puissance impériale qui « influence » la région. Une illustration sommaire de ce que des actions terroristes, si elles ne sont pas toujours initiées par le pouvoir qu'elles croient combattre, se trouvent presque à coup sûr l'objet de manipulations occultes. C'est ce que Guy Debord exposera en 1988 dans sa préface à la 4ème édition italienne de La société du spectacle à travers l'exemple de la manipulation des Brigades rouges, mouvement d'extrême gauche, par la Loge maçonnique d'extrême droite P2 (la carte de membre n° 1816 de cette loge étant par ailleurs celle d'un certain Silvio Berlusconi (7)) dans l'affaire de l'enlèvement d'Aldo Moro, président du parti démocrate chrétien. Des versions divergentes coexisteront par la suite mais toutes d'accord pour parler d'instrumentalisation des terroristes par des hauts dirigeants au pouvoir ou proches du pouvoir (8).

     Ce même roman ne manque pas de souligner combien la présence de pétrole dans son sous-sol s'avère pour un pays une véritable malédiction. La pauvreté en ressources minières et pétrolifères du Dofa constitue aussi bien sa chance, vu qu'il n'a rien pour attirer la convoitise de la « grande puissance impérialiste, porteuse de toutes les ignominies » - la haine de Cossery envers l'impérialisme américain ne se démentira jamais. Beaucoup ont vu dans ce livre paru en 1984 une prémonition de ce que les journaux appelleront quelques années plus tard « Guerre du Golfe ».

     Dans les années 1990, après d'autres petites maisons d'édition (P.J. Oswald et J.-C. Godefroy) qui ont fait leur possible pour que les livres de cet écrivain parcimonieux demeurassent disponibles, Joëlle Losfeld (9) récupère le contrat de l'une d'entre elles qui vient de disparaître, Clancier-Guénaud, et entreprend de republier toute l'œuvre de Cossery. Les enseignes prestigieuses sises à Saint Germain-des Prés, telles que Julliard, Laffont, Gallimard, ont quant à elles délaissé l'écrivain Cossery, pourtant le dernier bohème sédentaire de ce quartier que maintenant il déteste, après l'avoir tant aimé (10).

     À Joëlle Losfeld le grand mérite d'avoir su imposer les livres de Cossery et lui donner une nouvelle jeunesse, un bon début d'immortalité. Pour son éditrice il accepte pour la première fois de faire la promotion de ses livres. Lesquels au moment de sa mort font partie du paysage littéraire contemporain, sont à portée de main dans toutes les bonnes librairies, c'était là le seul souhait d'un homme pour qui l'ambition est la cause de tous les malheurs du monde.

     Très mal connue dans son pays natal, l'œuvre de Cossery rencontre tardivement le public égyptien à travers les adaptations cinématographiques de Mendiants et orgueilleux (1991) et La Violence et la Dérision (2001) réalisées par l'Égyptienne Asmaa El-Bakri. Lui tient beaucoup à sa nationalité égyptienne et il refusera d'être naturalisé, déclarant ne s'être jamais senti Français, en dépit de ses habitudes parisiennes.

    *

    Si celui que, pour la clarté de son style et son humour sarcastique, on surnomma « Le Voltaire du Nil » fut certes une figure inhabituelle du révolutionnaire, elle est à bien des égards plus convaincante que celle laissée par des professionnels de l'agitation militante. Pour l'auteur de La Violence et la Dérision ou de Une ambition dans le désert la révolution était une affaire personnelle, il s'agissait de se changer soi-même en premier lieu. De s'extraire des contingences. Cossery écrivait des livres auxquels il donnait mission de métamorphoser les lecteurs, afin qu'ils n'aillent pas au bureau le lendemain, qu'ils abandonnent leurs chaînes et qu'ils apprennent combien la vie est belle, pleine de surprises et d'enseignement, pour peu qu'on la contemple d'un œil exercé, sagace.

     Peut-être plus que de certains ouvrages plus directement politiques - songeons à La Désobéissance civile de Thoreau ou au Droit à la paresse de Paul Lafargue - les livres de Cossery communiquent sur un mode réjouissant une leçon d'intelligence subversive. Aussi, pourquoi ne le placerait-on pas, au même titre qu'un B. Traven, par exemple, au rang des grands écrivains révolutionnaires de cette époque. Si l'auteur du Trésor de la Sierra Madre a connu de plus gros succès commerciaux, n'oublions pas que les livres de Cossery sont traduits dans une quinzaine de langues et que, surtout, ses lecteurs sont des inconditionnels ; de prosélytes ils deviennent zélateurs, alors qui sait si quelque « débrayage massif » des classes soumises ne se fera pas un jour au nom d'une « non participation individuelle » inspirée par les apologues de Cossery ? Pour lui, la paresse est aussi une feinte visant à confondre l'extrême passivité et la si faible capacité, finalement, des actifs, tandis que d'autres agissent en profondeur, l'air de rien. En écrivant, par exemple, Les Fainéants dans la vallée fertile.

     « Ne rien faire est un travail intérieur » aimait à dire celui qui se vantait de n'écrire jamais plus d'une phrase par jour, parce qu'elle devait être porteuse d'« une densité qui percute et assassine à chaque nouveau mot », devenir ainsi une charge affûtée contre la société. Imaginons : de ce point de paresse railleuse, intrépide, camouflé dans ce corps efflanqué d'ironiste tiré à quatre épingles, sortirait çà et là un mouvement d'une jeunesse inspirée qui, pour un temps, nettoierait autour de lui ce monde de l'infinie bêtise humaine, ne conservant que ce qui suffit à sourire de tout et de soi.

     

    Jean-Claude Leroy

    in revue Altermed n°3 (2010)

     

     

     

    Notes :

    1 : Ramsès Younane : écrivain et peintre (1913-1966), il participa aux expositions internationales surréalistes. Il vécut 9 ans à Paris, travaillant comme secrétaire de rédaction du département arabe de la radiodiffusion française, il perdit son poste pour avoir refusé de diffuser des communiqués contre l'Égypte au moment de l'agression tripartite de 1956.

    2 : Georges Henein (1914-1973): Poète, journaliste, intellectuel de haut vol, il fut la personnalité la plus influente de l'élite artistique du Caire. Introducteur du surréalisme en Égypte, il eut pour ami Breton, Michaux, Calet... Dans les années soixante il s'installa à Paris et gagna sa vie comme journaliste à Jeune Afrique, signant des articles d'ailleurs remarquables. Sa poésie, ses nouvelles et ses essais ont été réunis, sous la direction de Pierre Vilar, dans un fort volume chez Denoël en 2006.

    3 : Entretien avec Albert Cossery in revue L'Œil de Bœuf n°7 (1995).  

    4 : Premier titre de Le facteur se venge, qu'on retrouvera dans le recueil : Les Hommes oubliés de Dieu.

    5 : Michel Mitrani : Conversation avec Albert Cossery, Ed Joëlle Losfeld, 1995.

    6 : D'après une lettre datée du 20 septembre 1951, de Georges Henein à son ami Henri Calet, on peut comprendre qu'Albert Cossery fut locataire cette année-là d'une chambre à l'hôtel Acropolis, rue de Buci, et que le Club St Germain lui servait de boîte postale. Cf. la revue Grandes Largeurs n° 2-3 (1981) : « Lettres Georges Henein-Henri Calet, 1935-1956 ». La légende doit de toute façon tomber, à dix ans près, selon laquelle Cossery aurait occupé une chambre du même hôtel, La Louisiane, de 1945 à sa mort.

    7 : F. Nicolino, Les oubliés de la gare de Bologne, revue Politis, août 2002.

    8 : Sur ces questions on peut se référer à la contribution succincte d'un proche de Guy Debord : Michel Bounan, Logique du terrorisme (Allia, 2003), ou à celle, plus rigoureuse, du collectif Pièces et main d'œuvre : Terreur et possession, L'Échappée, 2008. En guise d'exemple d'« invention nécessaire » de groupes terroristes par la police, on peut se rappeler de l'arrestation par 150 policiers en novembre 2008 à Tarnac (Corrèze) d'un groupe de jeunes gens accusés de projets maléfiques après qu'on les eut peut-être soupçonnés d'actes de malveillance sur des voies ferrées et surtout d'être les auteurs d'un ouvrage subversif.

    9 : Son père, Éric Losfeld, avait jadis travaillé quelque temps aux éditions Edmond Charlot, premier éditeur en France de Cossery, avant de créer Le Terrain vague.

    10 : Il le déconseille à ses visiteurs, les encourage plutôt à partir vivre dans un pays pauvre, là où il peut encore arriver quelque chose. Un certain nombre de ces jeunes « disciples » connaîtront Le Caire en vertu de ce conseil.

     

    Sources principales :

    Albert Cossery, son œuvre, un recueil de nouvelles et sept romans, est réunie en deux volumes aux éditions Joëlle Losfeld (2005). Le dessinateur Golo a adapté Mendiants et orgueilleux (Casterman, 1991) et Les couleurs de l'infamie (Dargaud, 2003).

    Michel Mitrani : Conversation avec Albert Cossery, Éd. Joëlle Losfeld, 1995.

    Dossier Albert Cossery in Les Cahiers de Chabramant n° 3-4 (1986).

    Dossier Albert Cossery in L'Œil de Boeuf n° 7 (1995).

    Conversations de l'auteur avec Albert Cossery (entre 1988 et 1991).

    Vifs remerciements, pour les précisions qu'il a pu apporter, à Pierre Gazio, écrivain (dernier livre paru : La Sirène du Caire, Eden, 2004) et auteur d'une thèse sur Albert Cossery : L'œuvre romanesque d'Albert Cossery, écrivain d'Égypte francophone. (Réf. : 90BOR30050).

     


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  • Commentaires

    1
    john kornog
    Vendredi 5 Août 2011 à 09:27

    Excellent !



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