• Annkrist (revue de presse)

    Annkrist

    Paroles et musique (décembre 1986) :

    Son dernier disque, Batik original, remonte à 1980. Depuis le début de l’année, Annkrist a repris la scène. Et la route. Avec une énergie intacte et le désir de dire, encore et toujours, ses blessures et ses enthousiasmes, ses contradictions et ses espoirs mûris au long de ces années, onze longues chansons réunies en deux albums. Superbes, disons-le tout de suite.

    La voix est âcre, rauque, parcourue d’un frisson jazz qui se perd au fond de la gorge. Difficile de parler des mots d’Annkrist, inutile de leur chercher une logique figée. Ils sont poésie brute, à décoder suivant nos propres hiéroglyphes. Il faut admirer la musique des mots qui s’entrechoquent : « Rubis, marbre, émeraude, mon squelette s’ennuie/Mais je suis la préférée du harem, donc je suis… » Annkrist, comme à plaisir, parsème ses vers de noms évocateurs : Mahabalipuram, Ayorou… C’est qu’elle en a fait des kilomètres cette Bretonne née en Tunisie qui chante – et nous enchante – depuis vingt ans.

    L’orchestration est sobre. Piano, claviers, saxo bâtissent, discrets, des échafaudages au long desquels la voix progresse. Attention : les chansons d’Annkrist ne souffrent pas d’être écoutées du coin de l’oreille. Il faut être tout à elles. Leurs répétitions, leurs incohérences subtiles, leurs ruptures ? Autant de récompenses. Les vers se dégustent un à un, pour un peu on les copierait. Les images, les effluves qu’ils dégagent sont précieux. “Il nous faudra peut-être/mélanger nos secrets/au peuple des crevettes/d’eau et d’or irradié.”

    Les mélodies d’Annkrist sont belles. D’une beauté froide qui met du temps à percer l’hermétisme de la première impression. Mais faites un effort. Lorsque vous entrerez dans son jeu, lorsque la magie de la voix vous prendra aux tripes, vous conviendrez, vous aussi, qu’Annkrist occupe une place de tout premier plan dans notre patrimoine sonore.

    Jean-Daniel Belfond

     

     

    Annkrist (revue de presse)

     

     

    Libération (1979) :

    Une petite lumière verte,

    Mademoiselle Annkrist

    Des bons trucs comme « il y a des taches à la fenêtre qu’on voit d’ici.» Et de la semoule de première (gros grain !) style : « Fragrance », « Diaphanisé », « La goutte d’eau résume le soleil », etc. C’est un album nouveau de Miss Prison 101 qui fait son chemin. Robe verte ou robe bleue, reflets bizarres et chants de femme. Très américain. Sur lits d’orgues clean, caisses douces, up-to-date. Rythmique feutrine, arrangements jazzy froid, la voix singulière et prenante de la dame aux cheveux rouge mi sweet mi rough continue à bien porter. Les paroles sont tout sauf bêtes.  Mais elles sont encore chichiteuses et entortillées. Ça pose les problèmes « d’écritures » de beaucoup de chanteurs d’ici qui confondent un peu chanson (à texte) et littérature.  Mais n’allez pas bouder votre plaisir pour autant. Ne m’écoutez pas trop ! La présence d’Annkrist vaut le coup d’oreille. Un peu plus même. Essayez de m’en trouver seulement cinq dans ce registre, mi ballade mi-rock, mi rien de connu. Chansons d’amour (a cappella) extrêmement dépouillées ou chansons de petits rêves flous, orchestrations mod (Rimmel tranquille), ligne de guitares Santana (Parce que voilà ou Faut pas croire), cette étrange fille de Bretagne perdue entre la rue de Siam et la 42ème est une des personnalités les plus attachantes de cette nouvelle chanson française au féminin qui a choisi de se faire entendre sans fatalement avoir à tortiller du cul ni nécessairement entrer dans les ordres. C’est quelqu’un.

    Bayon


     
    Ouest-France (1988)

    Le retour d'Annkrist « Je veux bien encore un peu d’applaudissements »

    « J'ai quitté la Bretagne pour trouver mon Identité, avait-elle dit pour expliquer son exil parisien. Aujourd'hui traduite en anglais, en allemand, en espagnol, en chinois, la chanteuse Annkrist revient en Bretagne, presque comme une inconnue. Avec dans ses bagages deux disques primés par l’Académie Charles-Cros (1), plusieurs projets de réédition en vinyle et compact-disc et un sixième album autoproduit en préparation. Un concert « historique », dans le théâtre de Morlaix où elle fit ses débuts, a brisé douze ans de silence.

    Elle va pénétrer dans le rond de lumière et lui offrir sa silhouette d'oiseau, un peu voûtée sous l'immense chevelure aux reflets roux. Son public est là, plus vieux de douze années lui aussi, attiré par ces affiches bleu cobalt qui, en Bretagne, ne se détachent pas sur les murs, parce que la Bretagne est bleue aussi. Pierrot en satin noir habituant ses yeux à la lumière des étoiles, elle sort lentement de l'ombre : « J'ai traversé le désert. J'ai tout aimé du désert ». Annkrist l'insoumise ne fixe pas les yeux sur des lendemains qui chantent, mais sur le fer rouge des mots. Extraordinaire parlé-chanté ou la rudesse de l'accent breton creuse le sillon mélodique, à l'épreuve du frottement contre la terre rocailleuse. Seul Léo Ferré sait chanter comme cela. Et puis autre chose : Annkrist, c'est du jazz. Pas le jazz des champs de coton pour image d'Épinal, mais le jazz du swing, de la liberté, sur le velours de la basse (Michel Runarvot) et du piano (Jacques Bouillol). « 0 aime moi comme on aime la plus belle/tes yeux ont la hauteur des tourelles/de la fortune » : Oui, Annkrist est bien la fille de Rimbaud et de Bessie Smith, de la poésie et du blues: « Dans un silence qui chante ». Lorsqu'elle lance « Futurs », l'un des titres de « Bleu cobalt », un frisson court, Ruptures rythmiques, tempo dense et moite, voix de blues cassée, rauque, extraordinaire violence - dont Annkrist, transfigurée, christique, semble défier quelque monstre, là-haut, la main gauche refermée sur l'épaule. « L'instrument c'est moi » expliquait-elle la veille du concert, autour d'une Coreff au bar des Mouettes à Brest, sa ville. « Sur scène, je ressens des balayages de lumière, c'est le spectre des couleurs qui guide ma mémoire. La longueur de la chanson est dictée parla durée des couleurs. Les mots sont des couleurs, et je me retire dans un silence qui chante ». Un phénomène de transe chamanique qu'elle connaît depuis qu'elle compose: « J'avais quatorze ans. Les autres chantaient les Beatles ou Graeheme Allwright. Moi je chantais moi ».

    Le lendemain du concert, les journaux annonçaient la mort de René Char. Le poète aurait su dire « cet instant où la beauté, après s'être fait longtemps attendre, surgit des choses communes, traverse notre champ radieux, lie tout ce qui peut-être lié, allume tout ce qui doit être allumé de notre gerbe de ténèbres».

    « Je veux bien encore un peu d'applaudissements », a-t-elle dit à la fin.

    Daniel MORVAN

    Ouest-France, 22 mars 1988

                  

     

    Annkrist, la force d’une vision intérieure

    Rencontrer Annkrist c’est rencontrer le démon. Dans l’une de ses actualisations plus réussies. Un démon de chair propre à la femme subversive qu’elle est dans sa vie et dans ses actes, dans ses poèmes et ses musiques. Un démon qui sait cacher, dans le mystère de son écriture, une poésie jamais gratuite. Annkrist fait mal tant son chant est fort, virulent, entouré d’une générosité dans le verbe qui n’oublie jamais de poser la question fondamentale. Celle de l’homme est de son existence.

    Le monde est terrible dans sa soif d’existence et le démon qui chante Annkrist est là comme remède par la force même de sa subversion. C’est sans doute pourquoi on note toujours dans la poésie splendide de la Brestoise une note de tristesse, de pessimisme, de cassure d’avec le bonheur… Mais, n’est-ce pas là le propre de l’homme d’aujourd’hui ?

    Annkrist demeure pourtant une femme de la fête des sens, de la fête des couleurs, de la fête du retour sur soi-même. sa chanson va bien au-delà de la chanson dans une remise en cause quotidienne de « l’amour fou », du regard de l’autre, de l’étrangeté de soi-même. Elle pose son fluide qui, pour parfois être glacial, n’en demeure pas moins toujours interrogateur d’une existence à repénétrer bien au-delà de la froideur même des cités bétons ».

    On pourrait noter chez Annkrist une sorte de romantisme dans le cadre écriture marginale, parallèle, mais forte dans le sauvetage qu’elle souhaite d’une humanité difficile à cerner dans ses contradictions. Un romantisme qui pourrait l’amener jusqu’au bout de ces « fêtes de Caravage » qui la hantent et lui permettent d’interpeller. Romantique, elle l’est dans son débordement roux et la curieuse cassure d’une voix qui retient l’attention par son émotion, son assurance et son désir de séduire. La mort est sans doute au bout de la route… Mais entre-temps, l’intention est plus forte de sublimer le concret, de révéler l’amour impossible de par la non-connaissance de soi-même et des autres.

    Annkrist, c’est avant tout une vision intérieure de la situation de « l’existant », dans un monde où il faut que chacun dévore l’autre, pour n’être pas dévoré. Chanson militante, chanson subversive, chanson difficile dans le choix de sa présentation… La chanson d’Annkrist porte en elle toute la puissance d’un peuple créatif qui n’oublie, à aucun moment, que l’affectif, dans sa soif d’absolu, est encore le meilleur moyen de participation.

    Alors, Pierrot, lunaire ou cosmique, n’est pas loin. Dans sa chute éventuelle qui n’est, sans doute, que la confrontation difficile, avec la réalité de la ville tentaculaire, du monde essentiel du rêve.

     

    André-Georges Hamon

     

    ANNKRIST

    Je vous présente cette fois-ci le premier 33 tours, un peu mythique, d'Annkrist, Prison 101 (Réf. Nevenoe NOE 30004), sorti à mille exemplaires chez Nevenoe (coopérative d'artistes bretons animée surtout par Mélaine Favennec et Gérard Delahaye) qu'elle n'a jamais voulu laisser represser malgré la demande. C'est pourtant une petite merveille d'intensité et de beauté sauvage, de textes poétiques et forts à l'énergie souterraine qui nous emmènent ailleurs. Trente-cinq ans après (le disque est de 1975), ils n'ont rien perdus de leur force.

    Les spectacles d'Annkrist sont comme des messes païennes à l'énergie tendue. Tout est dans le souffle. On entendrait une mouche voler tant le public est attentif à ses longs textes incantatoires et magiques. Je n'ai retrouvé d'atmosphère aussi intense que dans les concerts de Barbara. Annkrist a une mémoire incroyable et ne se trompe jamais : son compagnon m'a dit, un jour que je me trouvais chez elle, qu'il lui suffisait d'entendre une chanson une seule fois à la radio pour la rechanter aussitôt sans se tromper.

    Toutes les chansons de ce disque sont sans faiblesse, mais je vous conseille aussi les cinq autres disques 33 tours qu'elle a fait ensuite, de 1978 à 1986. Comme le dirait Brassens, il n'y a rien à jeter.

    Annkrist n'a plus fait de disques depuis 1986. Elle est retournée dans sa Bretagne natale et ne fait plus que quelques rares spectacles, quand la sollicitation est trop forte.

    Rien n'a été édité en CD, sauf un dernier titre inédit, La beauté du jour, enregistré en public aux Tombées de la Nuit à Rennes en juillet 2002, qu'on retrouve dans un disque collectif ("Les plus grandes voix de Bretagne", avec Gérard Delahaye et Melaine Favennec mais aussi Gilles Servat avec qui elle avait fait l'Olympia en 1987).

    Son spectacle (qui comprenait beaucoup d'inédits) a été enregistré ce soir-là ; un disque était prévu mais rien ne s'est malheureusement concrétisé.

    ANDRÉ MORISON


    Rubrique réalisé par André Morison, disquaire  à Lyon. "Art Disques", 12 place Gabriel-Rambaud, 69001 Lyon. http://artdisques.com ; <script type="text/javascript"> </script> morison@artdisques.com <script type="text/javascript"> </script> Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. <script type="text/javascript"> </script>

     

     

     

     


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