• antilopes

      Paul Valet

    J’ai perdu toutes mes pensées d’apparat. À présent je suis tout nu et j’ai froid aux parties.

    Garde l’insoutenable qui te soutient malgré toi.

    Il fut un temps où j’avais été grand tout petit.

    Il faut chimpanzer jusqu’à l’épuisement.

    Le concubinage, mieux que le mariage, irait à ton train arrière.

    Chaque penser finit par le massacre des peuples.

    Import. Export. Triport. Quandriport. Nulliport.

    NON. Le Oui avait déjà eu un accident de la route.

    Sans cesse, il massacre son sort.

    À table, je vois les couverts bouger – effarés.

    Les contradictions sont aiguës. Elles s’affrontent sur les rétines, à travers les paupières fermées à clef.
    Un clafoutis de poèmes chewing-gum – c’est bon, mais dur à passer.

    La démence est une certaine façon d’enfoncer le réel dans son trou d’air.

    Une assiette est sortie de son nid, gueule ouverte.

    […]

    Il faut se boucher les oreilles avec du ciment pour entendre des voix.

    Et dire que les chauves-souris sont nos sœurs mammifères !

    Et pourquoi ne pas pisser en cercle vicieux ?

    Brouter la LENTEUR en marchant.

    Ouvrir grands nos yeux sur la prière des bêtes.

                    *

    Il existe des sans-têtes abrités dans mon crâne.

    Le grandiose me fait frémir d’épouvante.

    À grosses doses, l’impureté nous épure.

    Si tu n’as pas péché, méfie-toi. Le péché méprisé se vengera.

    Il y a démence précoce et démence tardive. La dernière est un peu plus normale.

    Il faut écouter ce que disent les choses. Toutes, elles murmurent la même chose : durer.

    Les électrochocs, choqués, ont quitté le marché.

    Pour améliorer la folie, il faut se soigner de profil.

    Sa tour d’ivoire était faite de boue et de crachat.

    Perdre le Nord n’est pas suffisant. Il y a encore le Sud, l’Est, l’Ouest et les deux Pôles à soigner.

    La strangulation d’un poème se fait avec la corde à nœuds.

                    *

    Je suis bien assis, et je ne sais rien de moi.

    Qu’ai-je fait pour mériter tant d’atomes ?

    Mon chien me regarde avec étonnement et pitié.

    Comment peut-il aimer quelqu’un HORS NATURE ?

    Depuis toujours je suis et ne suis pas.

    Ravages ambulants.

    Même les soucoupes tremblent à mon approche.

    Faudrait-il puer encore plus fort pour se redresser ?

    Quand je plonge mon regard sur ma carte d’identité, elle se crispe de stupéfaction.

    Depuis l’âge de pierre, je suis poète. Personne ne s’en est aperçu. 
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    Les mauvais oublis pourlèchent l’Univers.

    Il y a trop d’aphorismes cul-de-sac.

    Dans la clinique pour chiens, j’ai vu un chat pendu.

    Surseoir à l’évidence – d’urgence !

                    *

    Il faut attendre l’arrivée des mouches fraîches.

    Il faut attendre le mûrissement du Zéro.

    La vie camouflée de la brèche avance à reculons.

    Cependant on n’est pas anti-tout.

    Les antilopes ne sont pas anti-lippes.

    On est ce qu’on n’est pas.

    Dans le pire des mondes, tout paraît juste.

    Grande est la terreur de la glace brisée.


    1983-1986

    (extrait du n°15 de la revue Mai hors saison)

     


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