• Aréva !

    M. Lochu, sur une page de publicité dans le journal Le Monde

    Le voleur qui crie le plus fort « au voleur ! »


    Aréva !Récemment, la douce holding Aréva a porté plainte contre une association impertinente, « vivante » en quelque sorte, quoique « sans objectif commercial » (dixit la juge des référés qui renvoie Aréva à ses atomes) pour avoir odieusement détourner son nom. L’association s’appelait Greenpeace, cela dira peut-être quelque chose au lecteur.
    La réunion de la Cogéma, du CEA et de Framatome, principaux acteurs français du nucléaire, a certes mérité un beau nom, Areva, chargé de donner une image positive à cette industrie que des campagnes publicitaires incessantes ne parviennent à faire apprécier à sa juste valeur ! Cependant, le rêve compris dans Areva apparaît dans un passé si peu simple qu’un « a » privatif n’a pu être évité. Rêve de paix auquel crûrent nombre d’éminents scientifiques, il y a un demi-siècle, en apprenant l’explosion sublime de la bombe de Hiroshima. Évidemment, d’aucuns mauvais coucheurs le dénoncent, le disent un rien puéril, aujourd’hui, quand l’heure serait à la guerre implosive globale. À tel point qu’il faudrait peut-être envisager pour ce cauchemar encore souriant un autre nom, genre : Irradieux.

    L’industrie nucléaire, emblème d’une pseudo-indépendance énergétique, présente l’avantage démocratique universel de placer le plus grand nombre d’humains à portée de la même catastrophe, constante, définitive. Et ainsi, ce qui rend plus fort que soi s’avère être ce qui affaiblit d’autant. Le suicide général se déroule sereinement, que les protagonistes ne cessent d’approuver, leurs yeux hagards cherchant parfois de quelle marmite viendra le coup de sifflet ?

    Aréva, au moment de son lancement, disais-je, a fait publier des pages pleines à son effigie la plus avantageuse. On voyait par exemple un mur couleur bistre, très beau. Dessus apparaissaient trois tags. Le premier ne représente rien d’autre que le symbole de l’anarchie, ce A majuscule encerclé, et il est accompagné de la date 1907. Le second est le signe de la paix, trident inversé dans un cercle, accompagné de la date 1969. Le 3ème est le logo d’Aréva, ce A dynamique qui doit faire rêver la France des micro-ondes, convecteurs et autre Foudroyant. Ce dernier A, et l’industrie nucléaire qu’il représente, assume donc sa filiation évidente, comme débouché logique des utopies fraternelles anarchistes et pacifiste. Proudhon, Blanqui, Bakounine, Louise Michel ou Durutti regrettent de ne pouvoir applaudir des deux mains. Gandhi, la grande âme (?), et Lecoin le tenace (!) donnent leur aval posthume. Nous savions nos experts communicants enclins à censurer les vivants, nous apprenons qu’ils savent aussi faire parler les morts.

    Cette publicité maligne fit son apparition il y a un an dans un grand journal du soir daté du 11 septembre 2001. C’en était vraiment trop. Le lendemain, bug pour bug, le XXIème siècle glissait son mot. À dire.

    M. Lochu
    in Le Mouton fiévreux (1ère série) n°4 (nov. 2002).

     

     


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