• Au centre de la pièce,…

     Joachim Clémence

     

    à Julien Bosc et à Gwennola Emann


    1.

    Au centre de la pièce, creusant une place qui n’en est pas le centre mais plutôt l’un des angles, à droite, où se rencontrent irrécusablement les pans de son carré brisé (deux murs), en ce lieu donc au centre que l’attention tendue de nos deux corps fait tel : central et concentré, plein, dispose l’espace depuis un nouvel axe un autre au centre de la place tracée où doivent se percuter les angles de nos regards qui ne se rencontrent pas — angles amputés de fin (point)-, produisant là son lieu le centre et nos regards au rythme de ses mutations, le corps informe de nos écartements. Nous produisons ce corps. (Perte de nos regards : l’œuvre des regards même). Il reproduit pour nous l’écart ouvert de nos séparations — écart fut toujours là — qui ne sont que jeux abstraits (séparations), c’est-à-dire nos deux corps, séparés et lointains. Le corps répond, de sa masse extensive, très pesamment concrète, de la réalité précise de cet écart. Il est l’abîme refait que nous avons creusé (entre nos deux corps gît) refait que nous creusons : le corps est façonné, nous jouons. Nos jeux toujours furent de séparation. Et le corps lieu la place (jeu), au centre déplacé se déplaçant toujours. (jeu). Car le corps se déplace ; il rampe et se répand. Son volume gris sans membres et sans organes rampant épand sa forme sur le parquet brun droit. Il rampe sans direction ; toutes prises à la fois (sans direction). Entre nos deux corps fixes. Le corps est entre nous. Nos consomptions l’émeuvent ; lentement se meut que nos désirs nourrissent et mon débordement (forme inachevée de Claire) le corps s’épand et croît ; il rampe un lieu compact – ectoplasmique-vortex (cela n’existe pas), entre nos deux corps gît, sans sexe et sans visage, et rampe. Cela n’existe pas. Et le corps droit de claire y fixe sa tension. Claire est pâle comme la mort, dit-on.

    (Séparation toujours là lieu, et jeu. Claire.
    Claire jouit.
    Un jeu - (nous), la disjonction.)


    2.

    Claire. Claire est pâle comme la mort, dit-on.

    Le corps du lieu de notre écart, constituant son espace en l’un des angles du carré trompeur, le corps de nos implications au jeu décharge dans la pièce l’ivresse (délai) une puanteur syncope (il y a : prière ; peut-être encore ou plus, dehors et inaudible - il n’y a pas de prière - un lieu pour seul le corps, (dis) tendu, en notre fente, fendu) : précisément la sueur, la merde, rance, et quelques pourrissements. Il y a au centre de la pièce (je veux dire le fantasme), intégralement, sauf en quelques rares plaques où la peau reste grise, ses déjections le couvrent, intégralement. Le lieu compact (écart), et ainsi impossible, entre nos deux corps gît, et regarder précisément             en chacun de ces lieux (merde, peau et merde, peau et pisse et sperme et merde, etc.) discontinus, que sa forme continuellement reprise découvre, cela occupe chaque temps de Claire – car il habite nos temps, chacun de mes temps propres à Claire (Claire y est faite – cela n’existe pas), et doit en être, certainement, le travail le plus mûr (il fait ce temps). L’écart est entre nous : formes d’informes mutées des jeux de nos séparations ; le jeu l’écart et ses mouvements solides et


     

    (Séparation toujours là lieu, et jeu. Claire.
    Claire jouit.
    Un jeu- (nous), la disjonction.)

     


    3.

    Claire.
    Claire se tait. Claire jouit. Claire est pâle comme la mort.
    Claire jouit.
    Et certainement un cri. Le cri est plein d’horreur. Il reforme le corps. Un cri.

    Et Claire. Claire, fixe, ne fait que voir ce

    Pas de regard pour moi. Elle crie.

    Lumière rasant le sol.                        (ce désir qu’elle abîme)

    Un angle encore nouveau.
    Ce                                (ce désir qu’elle abîme)

              s’épand ; changeant chaque fois les angles et les lumières du lieu. (Il y a : prière ; peut-être encore ou plus – il n’y a pas de prière)

    Claire jouit.             Ce corps est impossible. Claire jouit.
     la suite sera emprise en un corps hors savoir. Claire crie, et elle crie de se perdre (son corps)
    au corps de cet écart.

    (La suite sera emprise en un corps hors savoir.)


    Un cri               (de la séparation). Nos jeux toujours de la séparation. La suite sera emprise. Claire est pâle comme la mort. De ce corps impossible, écart          hors         le lieu de nos séparations (cela n’existe pas)

    La suite sera emprise (fendu) de ce corps hors savoir. Claire. Claire jouit. (…)


     Joachim Clémence
    in Tiens n°13, 2006.

     


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