• Au compagnon de l'outre

    Christine Imbert

                           Vers les déboires
    les illusions
    lichens qui ne tiennent que par la terre
    à la forêt
            où l’on s’engouffre
    comme dans une grotte pour ne jamais en ressortir


    Le vent déchire les branches à l’automne
                                la nuit
    les démons viennent vous mordre le bout des pieds
    Des Elfes parlent des étoiles mortes
    et de celles qui vont mourir bientôt


    Étendus depuis bien des lunes
    nos corps pensaient à s’endormir
    lorsque tu allais lentement te noyer dans la mémoire des autres
    telle une divinité fourbe
    au cœur des peuplades primitives

    Ange de l’espèce humaine

    C’était un suicide
                une résolution
    j’en ai rêvé longtemps
    comme l’on prend une légende
    avec méfiance puis avec tendresse
    tu as plongé de trop haut
    dans un imaginaire trop grand


    L’atmosphère y était lourde
    et la végétation baroque
    sur une terre aqueuse et désordonnée


    L’agonie
    je ne m’en souviens plus
                des larmes
    beaucoup de larmes
                ton visage
    quelques géométries aiguës
    je pleurais alors sur ces images
    ces phrases blanches et noires
    c’était là toute ma luxure
    L’alchimie d’un corps sulfureux
    décrivant au fil des transhumances séculaires
    ces races d’hommes que l’on n’exprime plus
    La vie s’écoulait
    livide
    et rouge
    je devenais belle
    lotus qui transpire les embruns
    sous une cascade d’eau hasardeuse
    source inépuisable de désir atomisé
    Tu étais songe et tu devenais succulence
    pour les arbres
    nourriture consensuelle
    pour les plantes
    philtre délicieux
    issu du cep onirique
    Tu seras ma terre
    et je m’allongerai sur ta végétation luxuriante
    Aux heures suggestives
    il n’y avait ni bruit
    ni parasite
    pas d’odeur
    une fraîcheur verte gonflait et étouffait l’espoir
    et vice versa
    Tu disparaissais
    passage dans les cavernes peintes
    fragment de texte
    que l’on cherche dans les livres volés
    jardin donnant sur labyrinthe
    Ton image
    à la croisée des latitudes
    dévisage les équations des lois naturelles
    Ton corps n’est pas à toi
    et je n’existe que par la mémoire
    des peuples que tu as adorés
    Aux autres compagnons
    aux exilés
            aux enfermés
    aux inutiles





    Christine Imbert
    in Portrait de l'éditeur en montreur d'ours
    (Les Amis de L'Ether Vague, 1999)
       

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