• Belvédère

     Yves Teicher

                         I

     

    Serpente le serpent, la route Belvédere,
    Je ne peux la quitter.
    Domino le bassin où se coagule la ville dans son nid,
    Gouffre familier,
    Griffonné par le fleuve

    Mon œil concentré sur les innombrables sillons qui descendent
    dans la Cité
    Déverser leur histoire immuable.
    Conjectures de nuit avant vers leur destin,
    Ou vers le mien.

    Mes yeux ne peuvent trop s'y soumettre.
    Le creuset de ces cataclysmes trop m’enserre.
    Me serre la gorge,
    Me dévisse les jambes.

    Mais vivre, parler, chanter.

    Ma langue coincée derrière les barreaux.
    Devenue folle,
    Elle court chargée rue du Belvédere
    Dans la fournaise des nuits bien trop pleines
    Glisser au-delà des lacs gelés,
    Contreforts des pics noirs et des neiges éternelles.

    la langue de mon œil
    De l'œil de ma langue

    Sur l'établi
    Cette harangue de forçat

     

     

                      II

     

    Gare à la gare du Palais.
    Les trains s’engouffrent dans le tunnel
    Pour se perdre à jamais.

    Gare à la gare écheveau de tours, de fenêtres, de frissons, de
    lanternes qui se balancent dans le vent,
    De poulies grinçantes de pendus, de fantômes, de revenants

     

    Face au square Notger, le Palais.

     

    Échos d'échos de mort que l’on ne voit pas
    Mais que l’on devine, leurs voix mêIées
    Aux cris stridents des wagons qui s’entrechoquent.

    RâIes des siècles passés, des éternités foudroyées, des
    tremblements de terres.
    Enfer jamais sanctifié par les églises, mais enfer des églises
    noircies par le charbon, les fumées, les tuberculoses, les
    crachats, les morts prématurés, par les cancers au cœur du
    cancer,
    Par les vierges folles qui avec le crucifix s’arrachent le sexe,
    pincent, mordent, torturent, martyrisent le cœur des nouveaux nés

    Au regard de la gare du Palais de l’église Sainte Croix.
    Au regard et aux sons des cris terrifiants des aliénés.

    Alors, gare à la gare du Palais
    D'ailleurs trop tard.

    Et le square Notger ?

     

     

     


    Tags Tags :
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :