• Ce que veulent les chômeurs

    Pierre Bitru, chômeur non syndiqué


     Les chômeurs sont souvent considérés comme des hommes diminués - et c’est le contraire qui est vrai : le chômeur, ne perdant plus son temps à travailler, dispose de toute sa vie pour réaliser son humanité. Mais cette humanité, dans la société marchande, est constamment brimée par le manque d’argent. Aussi nous exigeons :

    - l’aménagement partout de vastes établissements réservés aux chômeurs (les salariés ne pourraient y être admis, à titre personnel, que présentés par deux chômeurs irréprochables se portant garants qu’ils ne parleront jamais du travail) avec théâtre, auditorium, piscines, tennis, golfs, cirques, restaurants, bains turcs, écuries, salles de billard et jeux de boules, sans compter les aménagements qui seraient décidés à la majorité simple par les habitués ;

    - la gratuité totale des services publics, des bons d’essence et une voiture neuve de cylindrée moyenne pour ceux qui n’en ont pas ;

    - la faculté de prendre dans les grands magasins et dans les boutiques de luxe tout ce dont nous avons besoin (le pillage, inévitable autrement, entraîne des dévastations inutiles, et qui cherche alors une paire de chaussures trouve rarement sa pointure, et jamais ce qu’il voulait vraiment) ;

    - des bourses de vacances, trois fois l’an, pour pouvoir payer à l’étranger ce qu’on doit nous donner ici, et des vols gratuits sur les lignes régulières à notre convenance ;
    une indemnité double du salaire minimal car, quand on ne travaille pas, on a toute sorte d’occasions de menues dépenses ;

    - la remise totale des loyers, comme des mensualités qui avaient pu être souscrites du temps où on croyait que le travail durerait toujours ;

    - des bancs spéciaux et confortables dans les jardins publics, avec des capotes en cas de pluie, et qu’on nous y offre à volonté de la réglisse et du sirop d’orgeat ;

    - la faculté d’aller prendre dans les dépôts des éditeurs des livres dont ils n’ont de toute façon jamais entendu parler ;

    - que les fêtes, les débauches et le tapage nocturne des chômeurs ne soient pas poursuivis.

    si ces modestes revendications ne pouvaient être rapidement satisfaites, les chômeurs devraient en tirer, à bout portant, les conséquences.

    On vous aura prévenus,



    Pierre Bitru

    chômeur non syndiqué
     


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