• Dernière frontière

     M. Lochu

    Un roman. Dernière frontière, de Bruno Arpia (1), où se croisent deux destins inscrits dans les troubles de l’avant-dernière guerre mondiale. Une guerre en Espagne pour un combattant républicain qui fuira les phalangistes pour se retrouver en France du côté de la ligne Maginot, à combattre l’invincible armée allemande. Une guerre de l’esprit pour l’intellectuel juif Walter Benjamin, vivant à Paris dans des conditions difficiles avant d’être périlleuses. Et c’est surtout lui qu’on accompagne, parce qu’on l’a lu déjà, et qu’on l’admire. On suit l’homme de culture, inapte à la lutte pour la survie mais défendant son travail en cours contre vent et marées, et contre sa vie même. Entre la Bibliothèque nationale, où le protège son ami Georges Bataille qui le presse de quitter Paris (« votre vie vous intéresse-t-elle si peu ? lui demande-t-il. Pensez seulement à ce qui arrivera si les Allemands arrivent à Paris. ») ; sa chambre de la rue Dombasle où il a pu amener avec lui quelques livres et l’Angelus nova de Paul Klee ; le Chateau de Vernuche, près de Nevers, où il est interné ; le port de Marseille où il tente trop tard de quitter l’Europe ; la frontière des Pyrénées qu’il franchit un mauvais jour, partout Benjamin traîne son cœur fatigué, un manuscrit plus précieux que tout et enfin un fatalisme réglé à la morphine, des cachets partagés avec Arthur Koestler pour la même circonstance. Koestler prit le dernier bateau à Marseille et se suicidera bien plus tard, avec son épouse, à Londres en 1983. Benjamin ne connut pas de sursis, il avala ses cachets, les États criminels – l’Allemagne, la France et l’Espagne – avaient eu raison de l’auteur de Sens unique.

    M. Lochu

    Le Mouton fiévreux (2e série) n°2 (2006).

    (1) Éditions Liana Levi, 2005.


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