• Élus mayennais : le nucléaire leur fait perdre la tête

    in "Le Mouton Fiévreux" 3e trimestre 2006  emprunté au site   Stop THT

    Dimanche 19 novembre 2006 // Articles de presse

    Depuis le passage éclair de la mission granite en 2000 et le mouvement contre l’enfouissement des déchets nucléaires, la Mayenne, on le sait, n’aime pas le nucléaire. Les récents événements l’ont confirmé. Mais malgré une forte mobilisation le 15 avril dernier à Cherbourg (8 cars mayennais) et une grande hostilité de la population mayennaise, EDF a entériné le 4 mai dernier le projet de construction d’une centrale de 3e génération à Flamanville : l’EPR. Une ligne à Très Haute Tension (THT) de 400 000 volts saignera donc le paysage au mépris total des habitants. Voté le 13 juillet 2005 par l’Assemblée nationale, la loi fixant les orientations de la politique énergétique nationale prévoit, entre autres, « le maintien de l’option nucléaire en France » ainsi que « la construction d’un réacteur EPR d’ici 2012 ». Nos élus se sont faits plutôt discrets quant à leur vote et/ou à leur positionnement. Tour d’horizon.

    Henri Houdouin, maire de Bonchamp, ancien conseiller général d’Argentré, mandat qu’il a laissé pour remplacer d’Aubert (nommé au gouvernement) comme député en 2004 dans la 1re circonscription. A voté pour la loi fixant les orientations de la politique énergétique nationale.
    Contacté par le « Mouton », le courageux député n’a pas souhaité nous répondre.

    Marc Bernier, alias Kodac®, maire de Vaiges, député UMP de la 2e circonscription et vice-président du conseil général. A voté pour la loi fixant les orientations de la politique énergétique nationale.
    Interpellé par le « Mouton », lors de la 2e édition de Planète en Fête à Châtelain en juillet 2005, sur la possibilité d’une ligne THT en Mayenne dû à l’EPR, le député, tempérait et promettait déjà une taxe professionnelle (TP) conséquente.
    Sa plus grande crainte : « que nous ayons les pylônes et l’Ille-et-Vilaine la TP ». De la grande politique, en somme.

    Yannick Favennec, député du Nord-Mayenne (UMP), conseiller régional et ancien directeur de cabinet de François d’Aubert à la mairie de Laval. Nom de code : Martine en campagne.
    L’homme qui veut arracher la mairie de Mayenne à la gauche confie sur son site internet [1] « J’ai voté ce texte, parce qu’enfin un gouvernement affichait clairement sa volonté de sortir du “Tout nucléaire” en agissant en faveur des énergies renouvelables ». Noble intention il est vrai, mais, le 5 novembre 2004, lors d’une prise de parole à l’Assemblée nationale, Favennec était moins explicite : « La flambée des prix du pétrole, les risques d’alourdissement de la facture énergétique (…) sont autant d’éléments qui militent en faveur de la mise en œuvre rapide d’une politique énergétique qui relance la maîtrise de la demande d’énergie, diversifie notre bouquet énergétique - développement des énergies renouvelables, maintien de l’option nucléaire ouverte avec le choix de l’EPR - et renforce notre effort de recherche dans le domaine de l’énergie ». Puis, il y a eu la mobilisation que l’on connaît et notre député, n’oubliant pas qu’il est élu par le peuple, affine son point de vue « La ligne THT n’a, pour nous, aucune dimension économique, sociale ou environnementale. (…) Face à toutes ces incertitudes et ces inquiétudes (…) je ne peux que m’opposer à ce projet comme l’ont fait la quasi-totalité des conseils municipaux susceptibles d’être concernés par le passage de cette ligne, ainsi que les organisations professionnelles, notamment agricoles. »
    Sa position est clairement électoraliste, opportuniste et il le claironne dans la presse : « Je suis contre le projet de ligne THT. Ma circonscription serait d’ailleurs la plus impactée par le tracé. » (OF - 22/04/06).

    François d’Aubert, maire (UMP) de Laval et président de Laval Agglo, ancien ministre de la Recherche et actuel ambassadeur du réacteur expérimental de fusion nucléaire ITER [2] .
    Le maire de Laval se la joue poule mouillée : « Je n’ai aucune déclaration à faire sur le sujet » (OF - 22/04/06). Pourtant, il aurait beaucoup à dire, notre ambassadeur du nucléaire. Et d’ailleurs, lors de la venue de la Mission granite, il ne se gênait pas et déclarait à propos de cette dernière, dans une interview donnée au Courrier de la Mayenne, « Honnêtement, ils n’y connaissaient rien. (…) leurs informations sont insuffisantes et biaisées. Franchement, leur dossier n’est pas très honnête. Les arguments donnés sont technocratiques, typiques d’un lobby pro-nucléaire… » [3] . Pourtant il fut un temps où Môsieur l’ministre était moins radical : « Le nucléaire est une réussite exemplaire d’une filière complète, allant de la recherche fondamentale aux applications concrètes - et réussies - militaires et civiles, d’une filière technologique alliant multitude de savoir faire qu’il faut conserver, d’une filière performante avec le CEA, Framatome, Cogéma et EDF. (…) il faut appliquer la loi Bataille. Deux sites de stockage sont prévus. À ce jour, un seul a été désigné. Où est le second ? (…) Quand va-t-il être désigné ? » [4] .
    Après avoir repris ses esprits, dans une interview donnée au Courrier de la Mayenne [20 avril 2006]sur le projet de loi relatif à la gestion des déchets nucléaires, François d’Aubert affirme, « Il est exclu qu’il y ait un stockage en profondeur des déchets radioactifs en Mayenne » et est plutôt rassuré de ce qu’il n’y ait qu’un seul site sélectionné, celui de Bure, dans la Meuse. N’oubliant pas qu’il est l’ambassadeur d’ITER (autre projet pharaonique et inutile (et dangereux !) qui nécessite, lui aussi, une ligne à Très Haute Tension), il confie que l’EPR « améliore la sûreté des centrales. » En quoi ? « J’ai une certaine méfiance vis-à-vis des études faites par les très grandes infrastructures qui ont tendance parfois à minimiser les risques pour les riverains » disait-il à propos de la nouvelle ligne TGV et de l’entreprise Porsolt (voir ci-contre) dans Ouest-France (23/09/04). Et que pense-t-il des études faites par « les très grandes infrastructures qui ont tendance parfois à minimiser les risques pour les riverains » sur la THT et l’EPR ?

    Jean Arthuis, président du conseil général, sénateur, ancien ministre, ancien maire de Château-Gontier… et expert comptable à ses heures perdues.
    Le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis himself, déclarait dans Le Parisien (14/06/04) : « Il est vraisemblable que les provisions pour remettre en l’état les centrales nucléaires sont très largement insuffisantes ». Notre expert comptable national s’inquiétait à l’époque de l’état des comptes d’EDF : « leur situation est plus que suspecte et nécessite plus de transparence si l’on veut un jour ou l’autre proposer des actions EDF au public ». Pourtant, pour le président du conseil général, l’option nucléaire est sans appel « 75% de l’énergie française est nucléaire. C’est aujourd’hui le meilleur moyen d’avoir une électricité de qualité et d’en contrôler les volumes ». (OF - 25/04/06). Déclaration qui eut le don d’agacer Mayenne SurVOLTée, l’association démontait d’ailleurs un à un les arguments d’Arthuis dans un article paru quelques jours plus tard dans Ouest-France (28/04/06).
    En bon centriste qu’il est, Jean Arthuis ne prend jamais réellement position. « Prenons le temps de nous informer », déclare-t-il (OF - 25/04/06) avant d’ajouter candidement : « j’attends le point de vue d’EDF et de RTE », chose qui est faite depuis le 4 mai dernier. Quel est donc le sien ?
    Mais notre « président » n’en est pas à son coup d’essai. Déjà, en janvier 2000, à propos du projet de site d’enfouissement de déchets nucléaire en Mayenne, Jean Arthuis invitait « les conseillers à ne pas s’alarmer inutilement. “Attendons d’être informés” » [5] . Décidément, c’est une obsession chez lui. Mais à la vue de l’accueil réservé à la mission granite et du mécontentement grandissant de la population, Jean Arthuis, n’écoutant que son courage, déclarait alors que : « la Mayenne n’est pas candidate pour accueillir ce laboratoire et j’y suis, à titre personnel, opposé » [6] . Mayenne SurVOLTée n’a de cesse de demander que le conseil général prenne position sur la traversée de la Mayenne par une ligne THT. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour.
    La manif du 28 juin à Laval (19h devant la mairie) organisée par Mayenne SurVOLTée l’aidera peut-être à se décider

    in  "Le Mouton Fiévreux" n°4, 3e trimestre 2006

    Notes

    [1] www.yannickfavennec.com

    [2] http://reacteur.iter.free.fr/

    [3] Cité dans « Leçon de campagne » de Jean-Claude Leroy, éd. Cénomane, 2001.

    [4] Ibidem.

    [5] Ibidem.

    [6] Ibidem.

     


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