• France nucléaire, été 2003 : l'arrogance prise à revers

     

    Jean-Claude Leroy

     Au nom de l’indépendance énergétique, les gouvernements français des années 70 – spécialement sous la présidence de Monsieur Giscard d’Estaing – ont embarqué le pays dans l’aventure nucléaire. Alors que tout était fait pour promouvoir la consommation d’électricité, la France devenait ainsi la région du monde la plus dépendante de cette filière.

    Aujourd’hui, la question de la sécurité se pose comme jamais quand EDF laisse vieillir plus que prévu des centrales où surviennent des incidents de plus en plus fréquents. Le stockage des déchets n’a toujours pas trouvé de solution satisfaisante, le nord Cotentin et la vallée du Rhône sont ultracontaminés. Après la consternante désinvolture des autorités suite à la catastrophe de Tchernobyl, le mensonge d’Etat reste la règle.  Il s’agit à chaque fois de cacher les problèmes et d’“endormir” une population avide d’explications.

    Le réseau Sortir du Nucléaire, regroupant plus de 600 associations, dénonçait récemment l’incapacité – sinon l’impossibilité – de protéger les centrales devant le risque terroriste tel qu’il est apparu après l’attentat du 11 septembre.  Les 2 et 5 juin derniers, la centrale de Civaux (Vienne) a été survolée à deux reprises par des appareils non identifiés (un hélicoptère puis un avion) que personne n’a été en mesure d’intercepter. Le même réseau dénonce également les transports ferroviaires de déchets nucléaires, notamment un chargement contenant du plutonium qui traversa le 19 mai dernier la ville de Bordeaux sans aucune protection.

    Mais ce sont les aléas climatiques qui semblent seuls capables de faire douter les pouvoirs publics.

    Lors de la tempête de décembre 1999, la centrale du Blayais, inondée, avait frôlé l’accident majeur : les pompes de refroidissement s’étant retrouvées hors service, le circuit de secours fonctionna heureusement, empêchant le réchauffement et la fusion du cœur du réacteur. Il se dit qu’une certaine nervosité régna au sein de l’équipe d’encadrement durant toutes ses heures où la maîtrise de l’homme semblait, même en France, pouvoir faire défaut.

    En juin dernier, à la demande de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, EDF a vérifié le comportement des centrales en cas de séisme. L’exploitant a reconnu que «la tenue de certains de ces matériels en cas d’un séisme d’intensité supérieur au SMHV (séisme maximal historiquement vraisemblable) n’est pas acquise sur certains sites.»

    En cet été de canicule la panacée  nucléaire se voyait à nouveau prise en défaut.  Le niveau très bas du cours des fleuves ne fournissant plus assez d’eau pour assurer le refroidissement, EDF n’arrêta pas pour autant ses réacteurs, surchauffant l’eau jusqu’au-delà des limites autorisées, lesquelles, par une dérogation venue après coup, peuvent aller ces jours-ci jusqu’à 29°. Pourtant, il y a quelques années, suite à une étude hydrologique menée au niveau du haut-Rhône, une note du ministère de l’environnement, spécifiait que cette température de 29° signifiait pour la faune environnante «l’effondrement de toutes les espèces». EDF a dû réduire la puissance de certains réacteurs,  mais le risque de devoir procéder à des délestages apparaissant dans la région Sud-Est où la demande en électricité reste forte en cette période, principalement du fait du recours croissant à la climatisation (grande consommatrice et, par ailleurs, source de réchauffement de l’atmosphère), l’exploitant a demandé aux ministères concernés (environnement et industrie) les dérogations nécessaires.

    Les différents communiqués de presse d’EDF insistent sur le caractère exceptionnel de cette canicule. De leur côté les climatologues précisent que des canicules sont appelées à se produire plus souvent dans l’avenir, principalement à cause d’une politique des transports inadaptée.

    En admettant que l’erreur humaine ou l’accident interne soit peu probable dans les centrales françaises, il reste aux responsables de la politique énergétiques a convaincre les citoyens inquiets de ce que les contingences naturelles, dont les humeurs demeurent impérieuses, n’ont pas été ocultées. Ce ne sera pas une partie si facile à la veille de l’annonce probable par le gouvernement de la construction d’un réacteur de nouvelle génération, qui signifierait la relance du nucléaire. Dans un domaine où l’infaillibilité est indispensable, l’arrogance des industriels sorciers comme des décideurs politiques  trouve ici  son maître dans l’incertitude des climats. En observant cette machinerie surpuissante qui tient le monde en suspens depuis août 1945, la fameuse image du colosse aux pieds d’argile s’impose encore une fois. Le moment reviendra peut-être où, contraint à l’humilité, il faudra songer à régler son heure sur le soleil, et non pas l’inverse.

    Jean-Claude Leroy

    Coédra-Maine infos n°7, 2003.

     

     

     


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