• Fricassée d'elfes de Vénus aux pékins confits en piétinade

    (spécialité aldébaranaise) par Patrick Lafourcade

     [en illustration : œuvre d' Éliette Dambès]            

     Recette n°2 (série « champignons de Pékin ») :

     

    Fricassée d'elfes de Vénus aux pékins confits en piétinade  Attrapez au piège à romances une bonne douzaine d'elfes de Vénus et laissez-les sussurer trois jours dans une cage couverte d'une serviette aromatisée d'un rêve inavouable tout récent (s'il a plus de cinq jours, votre rêve aura perdu ses vertus aromatiques : dans ce cas, reportez-vous à notre brochure : « Différents protocoles pour l'obtention de rêves inavouables »).

    Si vous n'avez pas de rêve, vous pouvez recourir à une procédure d'urgence dite de l'académicien-rouvre : muni(e) d'un rameau de jasmin de Ganymède, d'un œuf de Pétrel des Pléiades, d'un demi-kilo de gros champignons de Pékin, d'un croûton de pain rassis, d'une poêle huilée et de quelques allumettes, allez vous asseoir au bord de la nuit. Là, ayant médité une bonne heure sur la gentillesse démesurée de l'univers, faites réduire longuement vos gros pékins à petit feu avant de cuire votre œuf « au plat » dans la poêle maintenue ardente sur un feu de brindilles d'académicien-rouvre (arbuste hybride obtenu par croisement d'un chêne de l'Ancienne Terre avec la réincarnation sur Véga-de-la-Lyre de l'empereur Hadrien). Vous devez obtenir un blanc bien pris, très ferme, formant sur son pourtour une large bordure de dentelle croustillante, tandis qu'au centre le jaune, quoique très chaud, demeure mollet.

    Prenez d'une main la poêle, de l'autre le jasmin et respirez-en tour à tour les effluves en prenant soin, entre chaque inspiration, de jeter un long regard à la voûte étoilée tout en frottant la poêle avec votre croûton de pain rassis. A la troisième ou à la quatrième inspiration, mangez le croûton imbibé du premier jus âcre et huileux des champignons, du jaune strident de l'oeuf de pétrel pléiadien et du parfum spectro-ventral du jasmin de Ganymède : vous sentirez bientôt le biceps de la nuit se gonfler à l'unisson de vos pulsions les plus archaïques, celles qui prennent leur source dans les forces occultes de la libido collective et vous allez voir en détail et en rêve ce que, jusqu'alors, vous n'osiez même pas imaginer... et qu'ensuite vous garderez farouchement pour vous-même, à jamais.

    Que la profondeur de votre bouleversement ne vous empêche pas, cependant, de verser quelques gouttes de la sueur fortement aromatique provoquée par votre rêve sur la serviette dont vous allez couvrir aussitôt la cage où sussurent les elfes.

    Dégustez un quart environ de vos pékins avec l'oeuf croustillant-mollet bien chaud accompagné d'un verre de bleu sec du Grand Chien (les amateurs de sucré-salé opteront pour un liquoreux, par exemple un Quark de Quark de la Naine Blanche BXQ 415).

    Ensuite, mettez à tremper sans retard les trois quarts restant de vos pékins dans une marinade dite « Berluscaconit phallocratoïde » composée de :

    - un litre de j'm'en foutisme du Caméléon ;

    - un demi-litre d'arrivisme de la Baleine, ou Eltsinol

    - une cuiller à soupe de haine raciste en poudre (l'une des plus savoureuses, mais qui n'existe plus qu'à l'état fossile, se récolte dans l'hémisphère droit de la Conscience Universelle, 22ème strate) ;

    - six gouttes du liquide cépahalo-rachidien d'une personnalité politique terrienne « légumisée » (maintenue en état de coma dépassé et cultivée dans un bain d'Orgueil Terrestre acclimaté sur un astéroïde de la Chevelure de Bérénice) : les crus Loukachenko, Sharon ou encore Kim-Jong-Il figurent parmi les plus courus, du fait, premièrement : qu'ils sont très riches en avidité et, deuxièmement : que l'extrême acuité de leur aigreur se combine heureusement avec l'appareil cyclopéen de leur Bêtise Opiacée .

    Trois jours ayant passé, transvasez vos pékins marinés bien ramollis dans le carter d'huile du moteur d'une « Phantom », découvrez la cage où vos elfes, épuisées de sussurement, sont inertes.

    Vérifiez en les reniflant qu'elles se sont bien imprégnées de votre rêve inaliénable, jetez-y trois ou quatre « engrenages de la violence » bien mûrs, cueillis  à même les photo-neurones d'un dégueu-sphère de la variété « Bush » (dite aussi « apprenti-sorcier ») et piétinez le tout quelques minutes au son du Boléro de Ravel en arrosant votre piétinade d'une sauce aux câpres genre Vatican-NASA-Molotov ou Taux de Croissance Annuel : les noms évocateurs de ces sauces irremplaçables sont tirés de la mythologie terrienne.

    Dès que vous sentez les pékins durcir sous vos pieds, sautez hors du carter, couvrez immédiatement et laissez-les éclater jusqu'au dernier, de manière à ce qu'ils rendent leur jus dont l'odeur, si tout est normal, doit rappeler point par point celle d'une huile de vidange ayant beaucoup servi.

    Videz le jus et mettez-le de côté (les robots domestiques en raffolent) et disposez les elfes au centre d'un grand plat en lave plutoniennne au milieu de vos pékins rangés en couronne : le parfum poivré des engrenages se mêle alors à celui de votre rêve inavouable (qui se tient généralement à mi-chemin de la sécrétion d'une mouffette et de la fragrance du lotus) pour enrichir celui des champignons de pékin - dont la note de coeur évoque le rire cannelliflore des jeunes centauresses.

    Le tout va s'infiltrer un peu plus à chaque bouchée au plus profond de votre corps en un feu d'artifice de saveurs lascives, sélénitoïdes, tolstoïo-napoléonniennes et parfois même, si vous avez scrupuleusement suivi nos prescriptions, désoxyribo-succubo-quantiques.  

      

     

    Nota : ce plat vous permet, deux heures après son ingestion, au choix :

    a - de léviter quatre heures solaires dans tout l'univers avec des pointes à 250 000 km/sec ;

    b - de faire un bref aller-retour dans l'univers a-dimensionnel.

    Si vous choisissez la formule b, vous devrez tenir compte dans les calculs prévisionnels de votre date de retour - selon les évaluations les plus récentes - d'une fourchette d'incertitude de trois jours à trois siècles.



    Patrick Lafourcade 

     

     


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