• Gargouilles

     Alice Massénat

     

    À vous les émus du jour

    à nous les écorchés du temps

    qui de villes en chants s’écarquillent subrepticement

    Vivre

    la haine en ces faciès de pierre

    où tant de cris ne savent que s’estourbir

    et là, l’aurore de les proroger

     

    J’imitai un temps durant – qu’en était-il ?

    les griffes, les happenaudes, les sarcasmes

    mais ne parvins qu’à en suer le rire

    et inexactes jusqu’en ces tourbillons d’écume

    je lui demandai de me conter l’ordre des choses.

    Impassible elle me riposta de son aile la souffrance

    et parcourant ces rues aux lacets de nuits

    infaillibles elle et moi nous insurgions

    vilipendant qui de droit

    ô hémisphères, ô cahutes de chancres

     

    À peser les cohortes d’aiguilles

    le cadran n’en fut plus que le désert

    les ceintures, nos habiles chiquenaudes

    Bref

    Quel que fût son nom mon rire n’était plus que Son temps

     

    Je baguenaudai de mal en pis

    et les cloches m’écoutaient si près du mouroir

     

    Je la voulais rien qu’à moi, ne l’effleurant que de

    [mes cohortes de crimes

    et brisée, ternie

    Elle se rebiffait au martyre,

    ma Vierge de Nuremberg

    à si impotent esclandre

     

    Elle happait le tout

    crissant de ses doigts les cordes

    mais de volubile en épitaphe d’alors

    les rues s’étiraient s’esclaffaient            s’agaçaient

    se rebiffant même

    et c’était ce LUI le cadran

    et je le voulais entre mes jambes

    rafraîchissant tant de lames à surseoir

     

    Et nous – Lui et moi

    qu’en était-il alors            qu’en importait même la teneur

    le boulet achalandé

    imprimé de griffes en vestales

     

    Ces églises capotaient enfin

     

    À gerber l’outrance la jouissance se faisait

    et mes pas n’enfourchaient que nos propres rythmes

    Noir, blanc, rouge, ivre de mes mains

    Lui m’était ce dard

    tandis que je lui calquais les yeux

    le poignard aux salaces détours

     

    Et ces brimades à elle

    n’en était le contour

    de sa tourelle d’offrande elle en égorgeait la lice

     

    (Je me lance au va-tout qui s’ébranle

    Insidieusement une gorge me répond

    s’ébrouant à l’orée de la synapse

    Trois, quatre fois, cent fois le mal s’en fut

    boursouflé d’envergure au parcours d’un instant

    Mais la Gargouille de ce bleu ne fut que silence 

    gardienne d’un temps, l’offrande)

     

     

    Mes pas dévalaient ma propre pitié

    et Elle s’en partait l’estampe hagarde

    Dédales sans partage

     

    Je dévalai à gorges déployées

    les pavés qui ne cessaient de s’amonceler, hilares

    trébuchant, viscérale d’onguent

    toutes ces cohortes d’escaliers

    et les cases une à une se percutaient

    Leur regard me poursuivait tant et plus

    qui, de pierre ancestrale

    au fin fond de mes joutes en dérive

     

    Si toutes ces violes n’avaient été qu’archets

    le cerveau eût tôt fait de les brimer

    À l’en croire

    à les esclaffer

    ces trous – ces absences de trous – me persécutaient

    pirates d’alors

    et d’en signifier la désespérance

     

    Les marches s’essuyaient les yeux aux chiens lâchés

    et je ne les entendais plus que murmurant

    jargons ou verbes

    sexes ou tripots

     

    Elle seule pouvait aller jusqu’à revêtir l’arôme de la nuit

    tant son corps je ne sais par quel biais dispensait de linceuls

    mais ils en étaient attifés

    et percutants ne s’en rinçaient que la dague

     

    Un à un les bris d’alors éclusaient mes larmes

    et je me surpris à les en accroire

    Tantôt ventripotente

                tantôt caracolant

    elle s’ébrouait toujours du tempo de ce carnage

    Et de grisaille de tombe ouverte

    le sang n’en fut plus que pierre de taille

     

    À rire les transhumances

    nous nous en fûmes aux rites d’icelui

    le désert au haut de l’affiche

    fuyant toujours et toujours Ce cadran

    cette embolie

    ce silence en visions

     

    L’antan, à en défaillir l’extase

    tous ces orgueils m’étaient échus

    et de phalanges en grèves

    les chimères m’avaient surprise

    juste quand la chasse se mettait à déchoir

    lorgnant à la pointe des seins

    leur propre sourire du monde

     

    Mais IL s’échevelait à qui mieux mieux

    percutant d’offrande tout concept

    et je ne pouvais le savoir

    Il se barricadait

    Elle s’intimait silence 

    Je ne l’en voyais que plus œil

    Tous ces cris de misère ne dansaient leur chamade

    qu’au travers de squelettes affadis

    s’invoquant reine, hurlant au suroir

    et au pourtour

    léchant le tertre avec toujours plus d’emphase

    je me voyais éreintée, superbe

    faux-col à l’oubli.

     

    Elle percevait les miradors

    s’endormait et aussitôt s’anesthésiait

    mais tandis qu’Il virevoltait

    sa pierre décimait les tombes

    rudoyant ses sœurs au désarroi

    Et celles-ci de se repaître d’intitulés

    cognant encore et encore cette nuit d’échauffourées

     

    Le cran d’arrêt lui avait trituré son chant

    hissant jusqu’à sa paume le verre à l’outrage

    Qui s’alanguissait ?

    Qui d’eux ou d’elles avaient droit de cité ?

    Quelle était-elle ?

     

    Mais cette brume qu’Elles avaient su insuffler au demeurant

    [s’éreintait

    Le Temps n’était plus et ne se devait plus d’être

    Hagard, il n’était même plus le conteur du monde perpétuel à l’encart

    dont, gargouilles au désarroi,

    elles s’étaient tant prévalues.

     

     

    Je recherchai mon sourire en désespoir de cause

    simulai son tangage

    écartelée, je m’en vins en Elles à flanquer leur traque

    et

    soudainement échue

    ne jurai plus qu’à la mort

     

     

    Alice Massénat


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