• J'entends

       Jean-Claude Leroy

    rien que couchée dans l’herbe d’un nouveau printemps
    j’entends sans écouter, sans vouloir devenir
    que me veut-il ? que veut-il de moi ce printemps ?
    le monde fait jouer sa faconde sur sa lyre
    j’entends des oisillons qui piaillent dans leur nid
    le bruissement des feuilles dans le souffle du vent
    et puis, qui m’accompagne, la voix de mon ami
    ce cœur qui bat de fièvre dans mon cœur battant
    j’entends l’infini à genoux pour se livrer
    un corps informe et affamé, corps qui réclame
    murmure dansant d’un doux regard de nouveau né
    les yeux fermés, j’entends le courant et la rame
    la barque d’un sourire quand je perdais les eaux
    j’entends renaître un amour naissant que je porte
    j’entends la pluie tomber sur le toit du préau
    vagissements d’un fils étonné qui m’exhorte
    mes souvenirs chantent sans cesse à mes oreilles
    noyée je suis dans ma mémoire qui ne veut plus
    ni s’effacer ni me revoir vivre pareil
    heureusement que ce présent me rend la vue
    car j’imagine aveuglément cet univers
    comme si j’étais dans le ventre d’une autre femme
    une inconnue lointaine ou peut-être ma mère
    alors j’entends la vie qui brûle et qui se pâme
    à l’instant d’être peut-être ce que je suis
    dans ce bonheur d’être première et puis seconde
    de se reprendre aux mots pour se donner la vie
    je l’entends, mon enfant qui va me mettre au monde
    il dit que je lui conterai de drôles d’histoires
    qu’il entendra comme il voudra ce qu’il voudra
    et mon amour lui dessinera son regard
    et il verra le monde qui le sépare de moi
    perdu entre mon corps et le sien, j’entends dire :
    que me veut-il, que veut-il de moi cet enfant ?
    j’entends sans écouter, sans vouloir devenir
    le bruissement d’un rêve dans le souffle du temps.


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