• Jazz

    Yves Teicher


     

    Charlie Parker a dessiné

     

    Sur un drap couleur ocre

    Des phrases musicales, entrechoquées, cisaillées.

    Sur un tissu jauni par le temps.

     

    La machine à fabriquer des sons

    Sent la poussière mêlée au caoutchouc brûIé,

    Sur le buffet, des pochettes de disques 33 tours 1/2

                    Colorées

    Je sais à présent qu'elles représentent une réalité,

    Un Africain assis jouant du marimba

     

    À vouloir regarder de trop près cette tapisserie,

                    Ce tissu, ce drap

    Mes Pharaons ne dansant plus

    N'agitent plus de signes

    Mais mués en vulgaires traits noirs

                    Sans attrait

                    Presqu'inachevés

     

    Des fantômes à visage humain

                    Traversant la petite chambre

    Parlent un charabia d'outre-tombe

    N'ont d'humain que l'apparence

    Vivaldi s'écrase doucement

     

    Entre les doigts d'un curieux personnage

    Entre son épaule et son menton

    Un violon bombé et foncé

     

    MAIS TOUT CELA N'EMPÊCHE PAS NICOLAS

    QU'LA COMMUNE N'EST PAS MO-O-O-R-R-TE

     

    BOBY JASPAR est mort sur un banc

    Légende devenue noire

    Autour de moi des femmes génies

    Lancent la magie sur des toiles blanches et carrées

    Les couleurs éclatent en rond de fumée

     

    Et puis le temps passe très vite

    Je me retrouve dans la rue avec un petit violon sous le bras

    dans une salle austère

                    néonisée

    Sur les bancs

                    Do ré mi fa sol la si do

                    Un deux trois quatre

    Hurle une dame à chignon

                    Comme à l'armée

     

    Alors je me bouche les oreilles

    Pour retrouver dans ma boîte crânienne

     

                    Mes Pharaons

                    Charlie Parker

                    Mes femmes génies

     

    Des couleurs qui du néant surgissent

                    Ravivées

     

    Et puis Bobby Jaspar

    Une torpeur noire

    Le vieux banc

    Et puis quelques fantômes blancs

    Qui traversent les murs de la maison

    Les jardins, les cours, les collines

                    À travers les siècles

    À travers les lambris, les pleurs, les fenêtres, les briques

    Pour les rires, pour les pleurs, pour les plus grandes joies

    Les plus grandes douleurs de ma vie

     

    Qui a commencé là

    Pharaons sur un tissu jauni

     

    Un disque de CHARLIE PARKER

                                                                                    Oublié

     

     

     

     


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