• Je ne quitte pas ce monde

     Jean-Claude Leroy

     

    je ne quitte pas ce monde
    de le voir autrement
    rien ne se donne je me prends tout
    des vestiges et des naissances
    et l’universel plaisir de vaincre
    est-il un homme paisible
    un dernier paysan ?
    tout glissé dans un sommeil des jours
    l’encombrant cadavre insiste pour vivre
    qu’est-ce que je fous dedans
    à mesurer l’angoisse qu’on peut atteindre
    sans défaillir et sans payer le prix
    sans savoir tuer le temps
    à travers le venin des fictions offertes
    – la fiction démocratique, par exemple
    ou la fiction familiale –
    grandes sagas du coin du feu
    ou dans le débraillé des écrans hypnotiques
    je me tiens coi et captif
    tenu par la main qui me serre les tympans
    de ne savoir taire le bruit
    la terreur de l’endormissement
    la peur de se lever avant la nuit
    de croiser un visage qui voudrait vous connaître
    je n’ai jamais été un autre
    inutile déguisement de l’âme
    tu t’endors d’ennui ranci
    avec la hantise de retrouver
    l’univers trop réel
    des amis trop présents
        que d’autres disent évanouis dans la terre
    la mort ne se calme pas d’un coup
    je respire par petites lampées de poison
    que j’avale avec le reste du monde
    si j’avais le choix je ne dormirais pas
    alors au contraire je reste à la portée
    dans le someil inégalable
    et la vertu amnésique de l’éternel recommencement
    l’enfant se trompe de projet
    je n’ai pas voulu pour demain
    c’est assez merveilleux d’être là
    à piper l’air illuminé
    sans que vienne vous interroger
    la police des mœurs et des frontières
    comment va ta mère depuis que tu renonces ?
    le ciel est saturé de radiations
    c’est la victoire du vouloir vaincre
    je pleure sans savoir pourquoi exactement
    juste d’être là
    il faut être médecin pour y voir une maladie
    le cycle des jours ne se lasse pas
    d’insulter l’inconstance des cœurs
    ô pourtant je suis fidèle
    et c’est ma souffrance
    de toujours mal communier
    il faut dormir encore
    laver la vie sans effacer
    l’impossible oubli
    rester à se noyer
    dans une rêverie éreintée
    sous le couvercle des lois.


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