• Le cauchemar de Don Quichotte

     essai sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui

    L’essai sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui, de Matthieu Amiec et Julien Mattern (1) est écrit dans un style très accessible et il ouvre sur nombre d’autres lectures très utiles. Tout d’abord réponse à un ouvrage d’Alain Arcado traitant de la servitude involontaire, les auteurs y déclarent, au contraire, que cette servitude dont nous faisons preuve est pour une bonne part volontaire. Par ailleurs démarquage très net par rapport à une gauche progressiste, celle d’Attac par exemple, qui allie une critique du capitalisme à un projet qui relève encore d’une culture capitaliste. Ici on cherche au-delà des clivages convenus le meilleur angle d’attaque contre cette société catastrophique. « Marxisme et libéralisme ont en commun de faire de la rareté la malédiction permanente pesant sur les hommes, et de la poursuite de l’abondance la condition de leur émancipation. » Et décidément « la gauche a beaucoup trop tendance à sacrifier au mythe de l’abondance, à courir derrière la vie promise par la publicité, sans travail, sans effort et sans douleur. Sans voir que derrière ce mythe, il n’y a jamais que l’extension sans fin — et de surcroît inégalitaire — de la nécessité. » À cette jeunesse qu’ils veulent atteindre, les auteurs suggèrent plutôt une approche anti-industrielle, et prône sans complexe une décroissance devenue incontournable. Pour mieux percevoir les leurres qui encombrent le champ politico-médiatique, ils s’appuient sur des essayistes dont la lucidité apparaît chaque jour davantage, aussi bien Anna Arendt que Jacques Ellul ou Bernard Charbonneau, et ils réhabilitent justement les philosophes allemands de l’école de Francfort, Adorno, Orkeimer, ou encore Marcuse, lui-même qui écrivait : « nous sommes arrivés à un stade où il est théoriquement possible de laisser les machines répondre à nos besoins fondamentaux ; mais pratiquement, toute l’organisation sociale qui a permis cet état de fait travaille à prolonger notre asservissement. Et il est crucial de comprendre pourquoi. » C’était dans L’Homme unidimensionnel, ouvrage publié en France en 1968, aujourd’hui oublié, et dont les derniers mots étaient empruntés à Walter Benjamin, toujours lui : « C’est seulement à cause de ceux qui sont sans espoir que l’espoir nous est donné. » Pour leur part, Matthieu Amiec et Julien Mattern proposent timidement une utopie qui serait l’inverse de l’utopie industrielle émise au XIXe siècle par Saint Simon, laquelle s’est bel et bien réalisée, pour notre malheur. À déconstruire !

    M. Lochu

    Le Mouton fiévreux (2e série) n°2 (2006).

    (1) Matthieu Amiec et Julien MatternLe cauchemar de Don Quichotte, Éditions Climats 2004.


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