• Le cher poète (Assie El Fehaïd)

     Jean-Claude Leroy

    quoi de plus banal quand on écrit
    que de dire je pense à toi
    coupé
    par la solitude et les kilomètres
    d’un visage ami, d’une main tendue
    ainsi je commence le message
    que ne peut entendre Assie El Fehaïd, le cher poète
    que je serre sur mon cœur
    où qu’il soit, en Arabie, peut-être près de sa mère
    à Dammam
    ou dans un bar d’Alexandrie
    à siroter une Stella, ou rallumant sa pipe,
    songeant, mélancolique, à ses enfants lointains,
    aux amours dilapidées
    et rédigeant mentalement des poèmes
    que parfois il récite à un voisin de table
    au Spitfire où les bouteilles de bière
    défient la vertu des abstèmes
    au Cap d’or, dans le petit matin tiède
    avant de rentrer au Blue Riviera Hotel
    longeant la mer et le vent
    et plus tard il déblatère face aux yeux vitreux d’un client vindicatif
    un discours sur les régimes pourris de la région
    avant de pleurer l’ancienne cité cosmopolite
    aujourd’hui enrégimentée par des barbus ignares
    et d’autres, soudain dégrisés, le regardent avec stupéfaction
    la révolution n’a pas eu lieu
    elle est sur le point de naître
    nous ne sommes que début janvier
    après l’attentat de l’Église-des-deux-saints
    et la sécurité d’État fait toujours son numéro impitoyable
    tandis que la mémoire de Khaled Saïd
    assassiné deux rues plus loin
    par les nervis de Habib El-Adli
    finit de soulever une vague de jeunesse
    que le temps n'oubliera pas


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