• Le feu

     Julien Bosc

    Soudain, à la chute d’un hêtre, et non d’un autre, le feu heurta le feu qui en lui avait brûlé avant d’être cri dans le feu si bien qu’une flamme quelque peu mais à peine différente des autres fit cercle autour d’un buisson en passe d’être réduit en cendre ou lave laissant ainsi le champ libre à un mot, une parole, une blessure, que sais-je moi dont je ne me souvienne de l’avoir vécu en ma chair, ma chair d’abord en laquelle seules les rides et les veines brisées puissent encore s’entretenir, et les unes et les autres comme afin de retarder encore et au plus loin, voire au-delà, l’instant où la pluie d’on ne sait où venue attentera au feu et aux brûlures du chagrin qu’un foudroyant silence avait jeté face contre sol avant que celle-ci - de figure - qui avait un temps été visage ne se noie en propre devenir, autrement dit : son silence mais celui-ci pas même énonçable! dès lors, comment parler, de par quelle voix, hormis celle-ci arrachée à l’obscurité du corps là où le sang ne passe plus en ces voies cependant dès l’origine tracées pour la vie mais désormais écrasées et creuses ; le silence, l’obscurité, le creux :  en elle et eux non pas la voix : son souvenir, son résidu, sa solitude, son écartèlement, sa déchirure, sa ressassante interrogation, son exténuant cercle en somme. (Mais, le saura-t-on jamais ?)

                                           Julien Bosc
    in
    Tiens n°4, 1997.


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