• Le Fond

    André Bernold

    "Il reviendra", Gran' Ma 

    À PERSONNE

     Travaillez, prenez de la peine
    c’est le fonds qui manque le moins
    La Fontaine (V, ix)

    1) C’était quoi, déjà, la petite chanson de L’EMPEREUR FRÉDÉRIC II, le terrible HOHENSTAUFFEN, l’ennemi du pape, le héros de NIETZSCHE ?

    BARBAROSSA, DER KAISER !, comme le murmurait dans sa barbe, HANTÉE (comme DANTE) par l’idée impériale, dans son coin, au premier étage de notre grande maison, qu’elle avait pour elle seule, GRAND-MÈRE MAD, nonagénaire : elle qui, jeune femme, rencontra le KRONPRINZ !

     

     "Il reviendra", Gran' Ma
    BARBEROUSSE, m’assurait en alsacien ma vieille grand-mère, elle qui fut ma meilleure amie sur cette terre, d’un air mi-effaré, mi-réjoui, DORT DANS LA MONTAGNE, ou plutôt (comme moi maintenant), NE DORT PAS. « ER SCHLÄFFT NIMMER ! », psalmodiait-elle avec une totale conviction et une petite note claire, festive, triomphale, sur le dernier mot : NIMMER ! NAJAMMAIS ! MAIS IL REVIENDRA ! IL REVIENDRA !

     

    Ma chère, mon adorable grand-mère MAD attendait le RETOUR DE BARBEROUSSE comme les pieux CHI’ITES la révélation finale du MAHDI, et les BOUDDHISTES japonais celle d’AMIDA, le Bouddha de la TERRE PURE.

    IL REVIENDRA ! BARBAROSSA, DER KAISER ! disait-elle en frappant le sol de son DÉAMBULATEUR au guidon duquel elle trimbalait, dans un sac de laine tricotée par elle-même, divers petites débris, rogatons et trésors, et ses beaux yeux gris lançaient des éclairs.

    Si donc je suis à DEMI-FOU, c’est que j’ai de DE QUI TENIR.

    2) TUTTO QUANTO EO VIO
    SI FORTE MI DISPIACE
    CHE NON MI LASSA IMPOSA
    IN NESSUN LOCO
                    
                          FEDERIGO II

    « Rien ne m’est plus, plus ne m’est rien »,
    disait une reine.

    3) Puisque le GROTESQUE d’aucun lieu – inférieur clapotis, comme dit Mallarmé en son COUP DE DÉS – ne me paraît plus MÉRITER L’AGRÉMENT du MIEN, je veux dire, de MON grotesque, de mes 120 kilos, de ma BOBINETTE DE CRESSON DES FONTAINES, qui recèle toujours la DOUVE DU FOIE, un parasite qui reste pour nous FATAL, alors que TOUT CHANGE AUTOUR DE NOUS.

    PEUT-ÊTRE
    me faut-il appliquer l’immémoriale recette
    PEUT-ÊTRE
    me faut-il, sur L’IRRÉMÉDIABLE,
    gagner un point de vue DÉGAGÉ.
    Personne, bien entendu n’y comprendra rien, cela va de soi.

    4) « La manière », écrit SHELLING, dans ses Recherches philosophiques sur la matière de la liberté humaine (1809), objet des tout premiers travaux de Martin Heidegger, « dont dans chaque homme, s’effectue le choix entre le BIEN et le MAL, la décision en faveur de l’un ou de l’autre, est encore PLONGÉE DANS LA PLUS PROFONDE OBSCURITÉ, ET SEMBLE EXIGER UNE RECHERCHE SPÉCIALE » 1.

    Une recherche spéciale ! Vous entendez, BOUFFRES ? Non, je ne m’adresse pas à vous !

    5) FREUD, dans son livre fameux, son plus beau livre, celui où la démarche du grand, du très profond savant autrichien, ressemble à s’y méprendre à celle d’un crabe sur le sable, FREUD ON THE BEACH, je veux dire THERMODYNAMIQUE ET MYTHOLOGIE, qui date de 1921 (cela fera un siècle dans trois ans. Seigneur ! Comme le temps passe !) et dont la principale hypothèse est toujours suspendue dans l’air inexistant et glacé de l’espace interstellaire, FREUD nous entretient d’un supposé RETOUR AU DEGRÉ ZÉRO de toute TENSION.

    6) J’en suis venu à me demander si, DEVENU INUTILE, un tel RETOUR reste seulement POSSIBLE. C’est là une question BEAUCOUP plus grave qu’il n’y paraît. Chez moi, sous ma plume, rien ne paraît jamais grave, mais plutôt INTÉGRALEMENT BOUFFON. Et pourtant… Mais, direz-vous (NON PAS ME DIREZ-VOUS, car à moi vous ne dites jamais rien), mais direz-vous à votre voisin, aussi passionné que vous par le présent article, pourquoi donc « DEVENU INUTILE » ?

    Eh bien ! Vous répondra votre voisin de palier, s’il est AVISÉ, mais je sais qu’il l’est, car je le tiens à l’œil, REGARDEZ AUTOUR de vous, et réfléchissez ! Réfléchissez bien !

    7) THÈSE I

    Toutes choses égales d’ailleurs, MUTATIS MUTANDIS, tout se passe comme si nous étions calés AU FOND DE L’ENTONNOIR d’un puits de potentiel, jouissant du nonchalant loisir de faire une FLUCTUATION-CROISIÈRE sur le paquebot HENDRIK CASIMIR 2, et de traverser le LAGON qui va de la CORNICHE zéro indice zéro au RESSAUT zéro indice un. C’est là, de toute évidence, une vision dantesque, n’est-ce pas, MÂME MICHU ?

    C’est la variante sauvage, que je signe ici 3, du dit d’Arnold GEULINCX, repris par Beckett (un autre ayant été relevé par moi-même à l’intention de Beckett, VIDE AD LOCUM), selon qui L’ESCLAVE DANS L’ESQUIF (je traduis), filant tout droit vers les CHUTES DU NIAGARA (ça c’est moi qui l’ajoute), peut toujours RAMPER sous les bancs, de la proue à la poupe, RETRORSUM…

    C’est surchargé, BAEREN, tout cet AL-LÛSIF stuff… Pouvez pas, BAEREN, (dit le voisin), simplifier, élaguer, clarifier ?
    – Nenni, que je dis.
    Ne suis-je pas quand même assez sympa ? Voyez ! Ici, à l’instar de l’évêque BERKELEY 4, Irlandais (prononcez BARCLAY), j’accorde – moy, Irlandais d’honneur, Beckett dixit – une CHAÎNE, permettant le même mouvement entre deux indices du gradient.
    HEIN ! Est-ce assez généreux ?
    Presque autant, soit dit sans vouloir BLASPHÉMER, que la NATURA NATURANS !
    Les physiciens m’entendront, les kabbalistes aussi, et les platoniciens, quelques évêques, car rien ne s’oppose à ce qu’un évêque soit à la fois physicien, kabbaliste et platonicien, et, qui sait ? les Irlandais…
    Car je prends la liberté de m’adresser à d’autres publics et, vu les circonstances, personnes ne peut m’en vouloir.

    8) THÈSE II

    Tout en bonds, gambades, et parataxes, je propose maintenant une hypothèse extrêmement simple. La voici, dans sa pauvreté, dans sa nudité.
    CE N’EST PAS SEULEMENT LE BRUIT DE FOND QUI A AUGMENTÉ, C’EST LE FOND LUI-MÊME. COMME LE DÉSERT, SELON NIETZSCHE : « DIE WÜSTE WÄCHST 5.
    WEH DEM… »

    Pour comprendre la portée de cette assertion, il faut reprendre les choses d’un peu haut.

    Dans une page splendide de DIFFÉRENCE ET RÉPÉTITION qui, à ma connaissance, n’a jamais été étudiée, ni même citée, au milieu du chapitre III, intitulé L’IMAGE DE LA PENSÉE, GILLES DELEUZE, revenant sur le PROBLÈME DE LA BÊTISE, auquel sont consacrées les pages 192 à 202, qu’il distingue soigneusement de celui de l’erreur, DIX PAGES DÉCISIVES, avance d’abord ceci : la bêtise n’est POSSIBLE qu’en vertu du LIEN de la pensée avec L’INDIVIDUATION (je souligne).

    Et puis, il nous explique que l’individuation comme telle, opérant sous toutes les formes, n’est pas séparable D’UN FOND PUR QU’ELLE FAIT SURGIR (elle, l’individuation !) ET QU’ELLE TRAÎNE AVEC SOI (p. 197 – la page cruciale).

    Le problème de la bêtise est donc un problème de solidarité, un problème en quelque sorte de SOLIDARITÉ ONTOLOGIQUE DANS LE CHAMP DE L’INDIVIDUATION.

    AHA ! Dire ne serait-ce que cela, c’est déjà y voir un peu plus clair. Le philosophe avance masqué, cela reste acquis à l’immortel cher, cher Descartes (que Gilles n’aimait pas beaucoup !) et brusquement frappe un grand coup QUI CHANGE TOUT À JAMAIS. C’est ça un grand philosophe. Ça se reconnaît au premier coup d’œil. Ses moyens sont d’une simplicité extrême. « le problème de la bêtise est en quelque sorte, un problème de solidarité ontologique dans le champ de l’individuation. » N’est-ce pas, comme l’œuf de Christophe Colomb, d’une simplicité biblique ? Assurément ! Encore faut-il le DIRE !

    Deleuze est d’une grandeur immense, on le verra le plus en plus. Sa grandeur personnelle, de son vivant, était l’évidence même pour tous ceux qui avaient des yeux pour voir. Mais sa grandeur philosophique, c’est encore autre chose. Le camarade Alain Badiou veut voir en Deleuze (de qui il fut un collègue parfois plutôt pénible) un platonicien. I BEG TO DIFFER : je ne suis pas d’accord. Mais sur un point BADIOU A RAISON : DELEUZE EST L’ÉGAL DE PLATON.

    C’est moi qui le dit. Je force la main
    au camarade
    Alain.

    Badiou ! nous n’avons toujours pas effleuré les questions de décidibilité dans le contexte des quantifications généralisées. Cf. ma lettre de début 2009 et votre réponse du 26 février 2009, et plein de choses, à NOTRE insu, reste en suspens entre nous ! Hélas ! Depuis 2009, il s’en est passé, des choses aussi, et ces affaires de décidabilité/quantification, que vous-même jugiez, à juste titre, « épineuses », j’ai eu largement le temps de les oublier complètement. TOO BAD, Badiou.

    Je reviens à Deleuze. J’aimerais pouvoir citer intégralement ce passage absolument magnifique de Différence et répétition, 197-198, TRENTE LIGNES, et même tout l’admirable morceau sur la bêtise, définitif et souverain., 195-200. Mais, me semble-t-il, s’y opposent des raisons légales. AU FOND je n’en sais rien. J’ai toujours cité librement qui je voulais, et, récemment, c’est mon éditeur lyonnais, PHILIPPE GRAND, qui s’est occupé du décompte des lignes, je l’en remercie, et jusqu’à présent on ne m’a PAS ENCORE EMMERDÉ AVEC ÇA. Mais ça viendra peut-être encore. Bon Dieu que je suis de mauvaise humeur.

    « Il est difficile, ÉCRIT GILLES DELEUZE, de décrire ce fond, et à la fois la terreur et l’attrait qu’il suscite. REMUER LE FOND est l’occupation la plus dangereuse, mais aussi la plus TENTANTE, dans les MOMENTS DE STUPEUR D’UNE VOLONTÉ OBTUSE. CAR CE FOND AVEC L’INDIVIDU MONTE À LA SURFACE, et pourtant NE PREND PAS FORME OU FIGURE. Il est là, qui NOUS FIXE, POURTANT SANS YEUX… » (197)

    Admirable
    Et terrible.
    Illustration immédiate : A. Puis la mort d’A.
    puis ma réaction à cette mort.

    « La bêtise », AJOUTE GILLES, plus loin, « ce n’est pas le fond ni l’individu, mais bien le rapport où L’INDIVIDUATION FAIT MONTER LE FOND SANS POUVOIR LUI DONNER FORME… » (197, in fine)

    Voici la conclusion : « Peut-être est-ce l’origine de la mélancolie qui pèse sur les plus belles figures de l’homme [je pense à Michel-Ange, A.B.] : le pressentiment d’une hideur propre au visage humain, d’une montée de la bêtise, d’une déformation dans le mal, d’une réflexion dans la folie. » (198)

    DELEUZE A ÉCRIT ÇA ? « UNE HIDEUR PROPRE AU VISAGE HUMAIN » ?
    Oui. Il est ici AVEC BAUDELAIRE.
    CE DELEUZE-LÀ, très sombre, n’est pas le plus visible, ni le plus connu, ni même le plus CONNAISSABLE.
    Mais moi, je l’ai vu, je l’ai vu à plein.

    J’ai vu rire Beckett, Héraclite.
    J’ai vu pleurer Deleuze (façon de parler, Deleuze n’avait pas le don des larmes), Démocrite.
    J’ai vu rire Héraclite et pleurer Démocrite,
    ça suffit pour une vie.
    Et c’est ce Deleuze-là qui a bien voulu PASSER ALLIANCE avec moi, qui suis très sombre aussi. Et c’est ainsi que les trois dernières années nous avons marché la main dans la main.
    CELA, PERSONNE NE ME LE PARDONNE.

    En vérité, on trouve des passages analogues à celui que je viens de citer dans la plupart de ses livres, des passages sombres, très sombres, depuis LOGIQUE DU SENS jusqu’à QU’EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE ? Encore faut-il vouloir y être ATTENTIF.
    Et presque personne NE LE VEUT.

    Le passage capital que je viens de résumer, donc, se trouve aux pages 197-198 de mon édition de 1976, la troisième, celle que Deleuze m’a « inscrite » inscribed, comme on dit en anglais (et c’est beau) du chef d’œuvre qu’est DIFFÉRENCE ET RÉPÉTITION, paru pour la première fois à la fin de l’année 1968 à Paris, aux Presses universitaires de France, et imprimé dans la bonne ville de Vendôme, chère à James Joyce.

    Ce livre, LE PLUS BEAU LIVRE DE PHILOSOPHIE FRANÇAIS AU XXe SIÈCLE, AVEC MATIÈRE ET MÉMOIRE, DE HENRI BERGSON, en était en 2011, à sa DOUZIÈME ÉDITION, et je crois que les Presses universitaires de France, maison honorable et sérieuse qui a succédé à ALCAN, qui lui-même avait succédé à GERMER BAILLÈRE ET CIE, maison magnifique et splendide, sauf erreur toujours possible chez le BIBLIOPHILE VIEILLISSANT et déjà à demi-sénile (une moitié folle, l’autre sénile) que je suis, je crois que les PUF ont gardé la vieille et bonne habitude de laisser inchangé, d’une édition à l’autre, la pagination, si ce n’est qu’elle change tout de même, sauf erreur, en passant dans la collection Quadrige. Je voudrais rendre hommage aux PUF en disant ceci encore : c’est le seul éditeur, à ma connaissance, qui pagine réellement depuis 1, c’est-à-dire que la vraie page 1 porte bien le chiffre 1, et non pas 7.

    TOUT PASSE, TOUT CROÛLE, TOUT DISPARAÎT,
    TOUT FAIT NAUFRAGE,
    MAIS GILLES DELEUZE RESTE.
    Seul demeure Deleuze
    Quelle éclatante revanche.

    Deleuze, avait dit madame Alice Saunier-Séïté, ministre de l’éducation du président Valéry Giscard d’Estaing, DELEUZE EST LE SMICARD DE LA PENSÉE.

    Conséquemment le SMICARD, professeur de l’université de Paris (Différence et Répétition est sa THÈSE PRINCIPALE, dix ans de travail, SPINOZA ET LE PROBLÈME ET L’EXPRESSION est sa thèse COMPLÉMENTAIRE, thèse d’ÉTAT, s’entend), à Vincennes, à Saint-Denis, enseignait dans une baraque en préfabriqué style PAILLERON au bord d’une route nationale, une salle dont le professeur du lycée le plus pourri n’aurait pas voulu. Les autres, mon très grand ami RENÉ SCHÉRER en tête, étaient pas beaucoup mieux lotis.

    Telle était la place réservée par la France à Deleuze. Et Deleuze s’en foutait, et Schérer s’en foutait. Mais il est bon de rappeler ces choses, aujourd’hui qu’un grand magazine de mode s’assure les services d’un « spécialiste de Deleuze » chargé de faire le bilan de l’impact de la pensée de Deleuze… ben, sur la mode, kouâ.

    SEUL DEMEURE DELEUZE,

    de cela, de son vivant, Richard Pinhas et moi-même, nous tous ses amis, connus et inconnus, Claire Parnet, Élias et Samia Sambar, David Lapoujade, Jean-Claude Manganaro, Giorgio Passerone, et l’excellent Raymond Bellour, tant d’autres, je suis très loin d’avoir connu tout le monde, et pardon à ceux que je n’ai pas revus depuis 23 ans et que je n’ai pas, à l’instant présent, à l’esprit. Nous tous, nous étions ABSOLUMENT CERTAINS que TOUT de notre époque allait SOMBRER, SAUF GILLES. La preuve ? Tous les jeunes à qui je parle, c’est-à-dire ceux qui acceptent que je leur parle, les 20-30 ans d’aujourd’hui, tous, quel que soit le domaine de leurs études ou de leurs non-études, tous connaissent Deleuze et, à défaut de l’avoir beaucoup lu, savent très bien le situer 6. Et c’est Mille Plateaux (avec Félix Guattari) qui revient le plus souvent, dans toutes les conversations, ce livre qu’à sa parution (1980) les philosophes « professionnels », de leur propre aveu, n’ont pas compris.

    Oui, nous en étions certains, que Deleuze resterait. Et nous avons gagné. Et dans nos galetas respectifs (sauf pour Élias, qui est ambassadeur), nous savourons cette victoire.

    Toujours très seuls malgré tout. Oh combien nous étions peu nombreux à l’époque, malgré l’horrible salle de cours bourrée à craquer.

    MAINTENANT, (NUN), qu’il y ait par-ci, par-là, de-ci, de-là, je n’ai jamais su quelle expression est préférable, qu’il y ait ça-et-là des braves gens, pas mal de braves gens, mais pas des masses non plus, qui, avec un fin sourire, dans les salons, où de ma vie je n’ai mis les pieds, font charitablement observer que si Bernold remâche tout ça en public, si l’on peut dire, c’est pour MIEUX SE FAIRE MOUSSER, LUI, eh bien c’était couru d’avance. Car chacun veille à sa propre mousse, et ce qu’il y a de bien clair, c’est que la mienne offusque la leur. SOIT.

    Tant que je ne vois ni n’entend ces gens personnellement, tout va bien. Et comme, en effet, je ne vois rigoureusement personne, ne reçois pas, ne vais nulle part, tout va très bien. Si, toutefois, L’UNE ou L’AUTRE de ces GENS, qui est du féminin, devait par inadvertance pénétrer sur mon territoire physiquement, tout change. J’avertis, primo, que je ne suis pas philosophe, mais polémiste et satiriste, ou satirique, même sans emploi, et secundo, que je suis tout à fait du parti d’Antonin Artaud, et que comme lui je pense que, même infirme, DES FOIS, FAUT COGNER. Quitte à repartir entre deux gendarmes. Fin de vie qui ne serait pas plus moche que celle que je vis déjà, de toute façon.

    CONCLUONS DONC.

    Ce que je dis POUR MON COMPTE, ce qu’il est essentiel à mes yeux qu’on retienne de tout ça, c’est ceci, ceci-ci (Beckett) : CE QUI SE DISTINGUE, ET LE FOND SUR LEQUEL ÇA SE DISTINGUE, EH BIEN, C’EST « LA MÊME CHOSE ».

    Oui, c’est là, sur le seuil, à la jointure, à l’articulation, à L’HUIS DU PROFIL ET DU FOND sur lequel le profil S’ENLÈVE, C’EST DANS LA DÉ-DIFFÉRENTIATION qui accompagne la différentiation (l’individualisation), dans « l’indéterminé, en tant qu’il continue d’embrasser la détermination, écrit Deleuze, RARE NOTE HÉGÉLIENNE CHEZ LUI, « COMME LA TERRE AU SOULIER », ajoute-t-il (p.197), oui, C’EST LÀ que TRANSPARAÎT LE MASQUE HIDEUX DE LA BÊTISE, sa tête de lépreux, sans nez et sans oreilles. ET QUI NOUS FIXE SANS YEUX. C’est cela même. Deleuze le dit, parce que Deleuze est un voyant. Nous l’avons aperçu un bref instant, mais dans la main avec Baudelaire : il est aussi au coude-à-coude AVEC RIMBAUD. Et ce masque de lépreux, c’est notre visage. Nous sommes de profil et la bêtise aussi, c’est le même profil.

    Alors, que faire ?

    IL FAUT FAIRE FACE. VOLTE FACE
    IL EST BIEN TARD.

    Whatever the hope,
    here it is lost.

    Je vous remercie de votre attention.

    André Bernold


    DEN XI HORNUNG DIESES SCHON VERDAMMTEN

    JAHRES MMXVIII,
    le 11 février de cet an de disgrâce, déjà, 2018.


    1)
    F.W SCHELLING, Essais, traduction et présentation. S. Jankélévitch, Paris, Aubier, éditions Montaigne, 1946, p. 269.

    2) CASIMIR, H.B.G. On the attraction between two perfectly conducting plates’ KONINKL. NED. AKAD.
    WETENSHAP. PROC, 51, pp. 793-795.
    CASIMIR, H.B-G. and POLDER, D. « The influence of retardation on the London-von der Waaals Forces », PHYS. REV. 73, pp. 360-372 (1948).
    PLUMIEN B, MULLER B. and GREINER W. »The Casimir Effect », Phys.Rev. 134, pp. 87-193 (1986).
    MILONNI, P. W. The Quantum Vacuum : an introduction to quantum electrodynamics, Academic, San Diego (1994).
    BOYER, T. »The Classical vacuum », SCIENTIFIC AMERICAN (Aug. 1985).
    BARROW J-D The Book of Nothing, New-York, PANTHEON BOOKS, 2000.

    3) Oui, (que) je signe. Cette transposition de Geulinx en termes de puits de potentiel, compte tenu de l’effet Casimir, n’a été faite, sauf erreur, par personne avant moi. J’espère qu’on m’accordera AU MOINS CECI : non seulement je ne fais strictement rien pour apaiser mes ennemis, leur donner des gages de bonne volonté, voire me les concilier (de guerre lasse), MAIS ENCORE, je les provoque, comme ici. Eh ! Qu’ils viennent me porter la contradiction sur ce point, s’ils le peuvent ! NON SOLUM, SED ETIAM.

    4) George BERLELEY, SIRIS, 1744, Intr. Tr. et notes de Pierre Dubois, Paris, VRIN, 1971.
    George BERLELEY, SIRIS : A CHAIN OF PHILOSOPHICAL REFLEXIONS AND INQUIERIES CONCERNING THE VIRTUES OF TAR-WATER, AND DIVERS OTHER SUBJECTS CONNECTED TOGETHER AND ARISING ONE FROM ANOTHER, éditions anglaise de A.F.. FRASER (1871), Notes complémentaires de Pierre THILLET, Paris, Vrin, 1973.

    5) L’un des plus beaux albums (CD) de RICHARD PINHAS a pour TITRE l’ACROSTICHE de cette phrase de Nietzsche : Die wüste wächst, weh dem… J’ai oublié la suite : malheur à celui qui porte le désert en lui ? ou, malheur à qui propage le désert ? Malheur aux deux, sans doute ! Malheur à nous tous ! Malédiction ! DWV, RICHARD PINHAS, © 1992 Richard Pinhas/Heldon International Inc.. Rerelease P et © 1993. TEMPEL. MARKED BY SPALAX MUSIC, PARIS, FRANCE. HELDON 14226.
    Je me souviens, quand Richard m’a envoyé ce disque dans le NEW HAMPSHIRE, fin 95, après notre rencontrre aux obsèques de Gilles, le 10 novembre 95, à St Léonard de Noblat, je lui au répondu par une longue lettre qui commençait ainsi à peu près : « Le paquebot vient d’accoster dans la nuit, tous feux éteints… » Depuis le 10 novembre 95, entre Richard Pinhas et moi, c’est à la vie à la mort.

    6) Les autres grands CADORS ? NAUFRAGÉS CORPS ET BIEN, sauf Derrida, de qui les livres sont pourtant difficiles parfois à retrouver, et un peu Baudrillard. J’ai aimé Derrida. Nous nous sommes parlé pendant 24 ans. J’ai aimé Baudrillard. Nous nous sommes parlé toute une soirée, et le plus clair d’une nuit, en 94 ou en 95, je n’ai pas retenu la date.
    J’en connais un pourtant qui s’y croit encore, quelqu'un d'autre, qui serait très douloureusement surpris de constater que, pour la jeunesse, il n’existe déjà plus. Je ne m’en réjouis pas, vraiment pas, mais c’est ainsi.


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