Jean-Claude Leroy

la terre parle avec les mains
les fortes mains qui la pétrissent
comme farine pour le pain
sous le binot, sous la ratisse
la pluie du ciel pour la bénir
ou l’arrosoir de tante Jeanne
puis le soleil pour la chérir,
bientôt la terre devient la manne
la terre parle avec la vie
du poids de l’eau dans les saisons
jours de labour, jours de semis
le blé se donne sans façon
tout’s les machines qui l’agressent
tous les poisons ne savent pas
qu’ils sont épées de Damoclès
au-dessus de ma tête en bas
que deviennent-ils au fil des ans
tous ces pays sans paysans
peut-être des pays sans vie
peut-être que tout est fini
reviendrez-vous ma tante Jeanne
chers paysans, chères paysannes
reviendrez-vous, j’ai nostalgie…
la terre parle avec mystère
d’un âge d’or, d’hommes fertiles
temps des moissons, temps des lumières
l’esprit vient habiter la ville
temps de béton, temps de bitume
notre jardin n’a plus sa place
notre nature n’est que posthume
étouffée par qui mal embrasse
la terre parle avec les morts
recouverts de ses bras d’argile
et si les vers mangent leurs corps
c’est que la vie est si fragile
qu’elle s’en va d’une âme à l’autre
chaque passage est ouverture
quittant la terre, sois son apôtre
ami, choisis ton aventure
que deviennent-ils au fil des ans
tous ces pays sans paysans
peut-être des pays sans vie
peut-être que tout est fini
reviendrez-vous ma tante Jeanne
chers paysans, chères paysannes
reviendrez-vous, j’ai nostalgie…
la terre parle avec la terre
mais qui d’autre à ce rendez-vous ?
la guerre parle avec la guerre
c’est la passion de pauvres fous
l’amour se fait par-dessus jambe
si bien qu'amour ne revient pas
les fleurs ont peur, le monde flambe
la vie nous reste sur les bras
à vol d'oiseau, à pas de loup
à toute allure, vitesse folle
mes yeux, mes mots restent debout
sur l’horizon si près du sol
à pic, à tort et à travers
je me souviens des paysans
si près d’ici, les sédentaires
je me souviens d’un autre temps
que deviennent-ils au fil des ans
tous ces pays sans paysans
peut-être des pays sans vie
peut-être que tout est fini
reviendrez-vous ma tante Jeanne
chers paysans, chères paysannes
reviendrez-vous, j’ai nostalgie…