• Les poèmes de « Fatum » d’Édith Masson dans la belle collection pré#carré

     Jean-Claude Leroy

     

    Unique, cette collection créée en 1997 par le poète Hervé Bougel et qui affichera bientôt une centaine de livrets au compteur. Des livrets de 24 pages cousus main, de format 10 x 10 cm, à la couverture marbrée à chaque fois unique. Hervé Bougel fait preuve d’un goût rare aussi bien dans la fabrication des objets que dans le choix des écritures. Un panorama de la poésie vivante de langue française orchestré par un orfèvre discret mais opiniâtre (on le mettra si l’on veut en regard de l'anthologie que vient de publier Flammarion, voir ici l’article de Patrice Beray)

    Ce printemps, les abonnés ont reçu Fatum d’Édith Masson, auteur notamment d’un roman paru aux éditions du Sonneur et d’un recueil aux éditions des Vanneaux. Avec Fatum, ensemble de poèmes remarquables adressés en même temps au lecteur qu’à quelque figure mythique, Tantale, Arès, Prométhée, Ulysse ou Orphée, nous voici sous un ciel grec et éternel, chez Homère.

    bras absents et le pied je suis
    bouche crue l’incomplet l’idolâtre la très
    rampante glaise palpée face molle et le ventre sans
    orifice ta main prométhée
    distrait pensif à la carrière rêvant à quoi
    je la veux

    L’écriture d’Édith Masson ne s’égare pas dans les mots de trop, elle est là pour dire, montrer et résumer ce qui ne se peut voir, ce qui ne se peut déclarer autrement. Dans cette concision sans concession elle est crue face à l’image qu’elle indique, où elle s’inclut : « qui de toi ou moi Ulysse/aveuglé palpe sa grotte »

    Nous voici en présence de ce qui constitue l’insondable de notre mémoire, nourrie de songes toujours là. Même si désormais le plus souvent anonymes, les caractères de notre humanité sont bien présents, dessinés et infinis. Comme si la parole avait à revenir par ce biais, à nous mettre à nu et nous recomposer.

    dans les fonds sans lumière nous dénichons
    âmes chalutières
    dans la boue fertile et le fouillis des poissons
    étranges
    les rêves anciens de prières c’est
    gaïa enfouie très profond
    d’un somme d’eau noire
    nous l’éveillons

    *

     

    Également ce printemps chez pré#carré, un premier recueil d’une jeune poète, Serpil Çökelik : Sombre danse. Des fragments de l’entre-deux qui cherchent à dévoiler le mystère du croisement, croisement des regards et hoquets, de l’intime relation.

    de vouloir te donner un coup dans la tête pour que
    tu lèves le menton à pester contre toi et de pester
    contre toi à t’éviterde t’éviter à ne plus
    jamais vouloir croiser quoi que ce soit de toi et de ne
    plus jamais vouloir croiser quoi que ce soit de toi à
    tes drôles de dédicaces

     

    Voir le site des éditions : ici


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