• Mots pour soi, de Patrice Thierry

     mots dérobés aux feuilles volantes & carnets (sans date) retrouvés de Patrice

    Mots pour soi, de Patrice Thierry

     

    Douleur sombre cette sœur morte, cette amie reine non engendrée.

     

    Quel onguent d’apercevoir le passage de la compagne à la complice pour ce trictrac d’eau et de sable :
     – ouvrir l’heure.

      

    Coulis d’imbrocation afin de récurer cette douleur que je n’ai jamais su – que cette ire des chairs me fut en amour. 

     

    Patrice Thierry, © J-D Moreau  1987

    Habitude. Trop sédentaire pour pouvoir me comprendre. Ainsi tous ces troubles (ions) qui nous accueillent lorsqu’on se retrouve en intérieur.

     

    Qui peut se douter que je suis nomade pour ne pas laisser vie à ma maladie. Qu’en ces errances alors seulement régresse ma tumeur mentale.

     

    Essayer par une ligne brisée d’éclaircir ce long instant à passer – Qu’orage la fuite, l’avancée dans l’inconnu sans que pour cela s’affaiblisse le poids du mystère.

     

    «Tout grand écrivain est un montreur d’ours » George Conchon

     

     

    Je vais partir mais jamais je ne saurai où je suis.

     

    Vivre de plus en plus dans le spasme.

     

    Un mot nous assiégeant vaudra bien des attentes.

     

    «Il était seul ; et comme il avait été un mort, il était même au-delà de la solitude. » D.H. Lawrence


     

    Je me dois d’écrire peu.

     

    Je pense qu’il est temps de partir. Quitter cette scène où oubliant mon rôle je conte l’indistinct.

     

    Deux nuits que je me dis devoir disparaître. Si je ne peux réaliser cette fin dans l’immédiat. J’en aurai grande souvenance dans le futur.

     

    Aurai-je le cran de lâcher la lame afin de poser la question ?

     

    La vie m’est insupportable. Pourtant j’aurais tout aimé vivre.

     

    C’est toujours dans l’écrit que je peux dire. Et toujours dans l’écrit que [je] suis encore plus incompris. Aussi je me sens libre car je serai de toute lecture un bouffon.

     

    Plus on vit moins il semble utile d’avoir vécu.

     

    Il faut se taire avant d’avoir tout dit. Il y en a trop qui ont tout dit avant d’avoir commencé.

     

    On s’absente et on s’absente encore jusqu’à ce qu’on soit l’absence même. Alors cela n’a plus de sens.

     

    Adamov, en l’an 1967, se pose la question : quel bruit ferait la lune en tombant sur la terre ?

     

    Le poète est celui qui jette le trou du cerveau dans le trou de l’estomac.

     

    «L’âme n’est pas dans le monde mais le monde dans l’âme. » Plotin

     

    «La ruine est à l’édifice ce que le fantôme est à l’homme. »

    «Il y a en tout de l’errant et du flottant. » Victor Hugo

     

    L‘aphorisme est le muscle d’une littérature qui s’étrangle.

     

    La différence entre la construction et la création dans le domaine de l’esprit. La construction c’est, partant d’une base, réaliser un ensemble. La création : partant de rien, étoiler un état.

     

    Bien souvent dans le parlé je suis approximatif. Je lance les dés mais ne veux point voir les nombres qu’ils indiquent. Il m’arrive même d’arrêter le lancé. Les mots que j’écris sont, eux, le plus souvent, réfléchis, étudiés, presque dans le mûrissement du geste. Je les écris afin qu’ils se réalisent dans la double consistance de la signification normale et du symbolisme…

     

    Il y a sous mes cils tout un ensemble de femmes folles.

     

    Le bronzage rend tout caduque.

     

    Les plus grands traumas sont dûs aux rixes du « bien fondé ».

     

    Je ne demande pas aux gens de savoir mais seulement de douter du sens premier des mots. Car ce sens peut cacher un vertige. Et un mot croisant aux embruns d’un autre hisse la croix d’une forte lecture.

     

    Depuis l’âge de 8 ans je porte comme mon grand-père portait l’oignon une boussole. Maintes fois par la journée je la draine vers l’œil afin qu’un jour sûrement elle sustente l’éther de ma présence.

                L’instant où l’aiguille perdra sa langueur monacale et fusera fougueuse titubante vers l’incongruité sera l’étoilant fanal d’un dernier périple.

                Le lieu où je devais me rendre ainsi désigné.

                De cette frasque gravide du terroir le subrogé des forges trempera au temple mon élan sublunaire pour plus.

                Disparu de vos rivages. Passé votre univers. Je jetterai la boussole alors inutile.

                Peut-être attendrais-je huit ans ?

                Mais ne le sachant le saurais-je ?


    publié in Tiens n°11


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