• Nous n'attendrons plus

     Jean-Claude Leroy

     

    nous n’attendrons plus jamais
    ni la fin ni son début
    ni l’espoir ni la patience
    jamais plus otages des comptes à rebours stériles
    élections pièges à complices louchant
    sur toquantes et tocsins
    des illusions perdues pour rien
    des projets sans destin
    espérer veut dire attendre en y croyant
    nous ne sommes crédules que de l’heure présente
    et encore !
    tout a été tué des lendemains
    et l’heure avance sur nos vies
    avec plus d’assurance que les partis en place
    ou les futurs garages des utopies noircies
    tous les marrons grillés sortis du feu
    où nos mains brûlent

    nous n’attendrons plus jamais
    que tombent les feuilles des arbres
    après de nouveaux Tchernobyl
    le feu frimeur des armées d’Occident ou d’ailleurs
    ne chauffent guère nos cœurs
    nous n’attendrons ni printemps ni automne
    pour mieux attraper la seconde qui reste
    et la partager sans peur
    la main amicale d’un passant négligé
    l’angoisse d’un autre qui en sait trop
    le sourire neuf d’un enfant éperdu
    attraper la graine avant qu’elle ne pourrisse
    attraper le mot avant son mensonge
    attraper l’instant à l’instant même

    nous n’attendrons plus jamais
    de la justice
    après les meurtres déniés
    Rémi Fraysse ou Babakar Gueye
    Zied et Bouna, Adama Traoré,
    Amine Bentounsi et tous les autres
    les faits effacés par la police
    après les yeux crevés
    après les manigances des milices
    et la raideur des importants
    plus rien à pardonner
    rien à concilier
    un mur s’est dressé
    entre pierre et ciment
    une hache a fendu
    le ruisseau rouillé des habitudes

    nous n’attendrons plus jamais
    d’un revers de fortune
    d’un contrat signé par vous
    perchés sur l’autre bord
    d’une vertu lénifiante
    (la vaisselle de gala s’est brisée
    elle tranche)
    d’un volcan révulsé
    quand la terre gronde
    elle tremble encore
    peu importe ouverts ou fermés
    les yeux sont rouges
    d’un gaz ordinaire
    curieux maquillage
    en deçà de l’ordre indécent
    à odeur de matraque
    où nous échouons
    de ne savoir faire nombre
    et renverser la force
    contre les rares et les couards
    armés jusqu’aux dents
    amis de la mort
    et des jeux trop sanglants

    nous n’attendrons plus jamais
    que l’éclair surgissant
    d’un hasard magicien
    que le sourire magnétique
    d’un ami qui embrasse
    la douceur rescapée
    d’un amour inédit
    et qu’advienne une saison
    pour nous autres
    quelque part un espace prenant figure
    de bonne compagnie

    nous ne survivrons pas
    mais nous vivons déjà
    l’esprit ouvert
    dans l’aujourd’hui malade
    interloqués de tant de haine
    de sécheresse
    nous nous tenons debout
    jour et nuit
    frères effarés
    mais solidaires
    crachant et œuvrant
    indéfectiblement
    frères effarés
    mais solidaires
    à calculer l’ennemi
    à questionner le néant
    à prolonger la veille.


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