• Nuit du 27 mars 2010

    Jean-Claude Leroy (extrait carnet 1989-1990)

    Écologie & Politique


     









    Je vis très solitaire parce que j’ai constaté que j’avais besoin de beaucoup de solitude, je protège mes nerfs.


    Toujours quelqu’un écoute à la porte, c’est la porte fermée qui fait parler le silence. Rien ne peut se dire au présent, nous sommes de la même matière que lui… Se noie celui qui croyait nager, devient poisson celui qui était l’attente.

     

     Je me crois observateur, j’écris comme j'exagère à travers ma fonction de ne pas voir. Je cours dans les quartiers lents, m’assois dans les rues fluides. Les rues qui sont aussi les circuits de la pensée, et de toutes nos dépendances.

               

    On débouche toujours sur autre chose que ce que nous rêvions d’écrire. Il s’agit à chaque fois, ou presque, d’une description. L’idée est décrite plus qu’elle ne s’impose. Difficile dans ces conditions de rester le barbare qu'il faudrait, sauf basculer (à toute vitesse entre le sentiment et l’idiome).

     

    À l’hôtel, sentiment d’une hostilité à mon égard. Peut-être parce que je ne parle pas, que je suis trop silencieux, et cette discrétion inquiète, gène. Ou suis-je un brin paranoïaque ? La lecture de Sénèque ne suffit pas à éloigner tout délire affectif.

     

    Toujours les mêmes obsessions, la même enfance. Sortir de sa prison, privilège de géant.

     

    Si je ne m’étais inventé une patience que pour empêcher mon suicide ?

     

    Non pas prévoir mais voir venir. Avec mes armes de laiton donnant contre le mur, pour voir à travers.

     

    L’homme est le sourd de la femme comme la femme est la sourde de l’homme, c’est pour cela qu’il y a ce dialogue forcé, ce hasard passionnant, qui ne vaut que par cette passion, justement. Il s’agit d’être pris, non pas de nommer.

     

    Tout s’accélère, mon temps est-il encore à moi ? Là où beaucoup seraient contents de tant de perspectives et d’actions, je ressens une gêne profonde, un froissement intime.

     

    À l’hôtel, grosse nichée d’Algériens venus passer quelques jours au Caire. Ils se plaignent de la nourriture, du coût de la vie, du vacarme et de la folie des gens d’ici. Ils n’ont qu’une hâte, à les entendre : mettre les bouts.

     

    Je ne rêve que d’argent tant il est mon inquiétude inavouée. Trop connu la pauvreté, l’endettement, la galère. Me sacrifier au réalisme, qui me fait horreur ? Je préfère chaque fois la totale liberté des démunis, si plus rien n’a de prise sur soi.

     

    Il fait soleil, je me baigne dans la lumière.

     

    Ceux qui tomberont de hauts, ils auront eu les jambes trop courtes. Ils les ont déjà.

     

    L’agent de la circulation (le chaouiche), un homme remarquable, philosophe malgré lui. L’air désabusé au possible, les épaules avachies, l’œil perdu. Pourtant il retrouve de la vigueur quand il use de son sifflet, il est alors si content de s’exprimer enfin, après tous ces klaxons, vrombissements, diatribes. En dépit de ce qu’on pourrait croire, très peu d’accidents et une fluidité incroyable au regard du nombre de voitures et de l’indiscipline généralisée.

     

    J’ai demandé où était la maison de Hassan Fathy (et de la mort certaine), personne n’a su me dire.

     

    J-C L


     

     


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



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