• pigeon vole, ou sein vole en thym teint

    P.c.c. Sein sature nain

    pigeon vole ou sein vole en thym teint  © André Rober (voir son ouaibsite)

     
    Pour savoir où ça va, il n’est pas inutile de se remémorer d’où ça vient. La fille aînée de l’Église a perdu son héritage le jour où le peuple de Paris a pris d’assaut la Bastille pour en libérer le divin marquis, auteur à jamais d’un poème qui fait date dans l’histoire de l’humanité (La Vérité), et jeter à bas ce monument d’enfermement. Donc on nous évoque un saint qui va « lentin », vieille graphie picarde signifiant qu’il déambulait lentement ; ou, selon d’autres sources eschatologiques, le val’ ant em désignait en proto-calabrais ce que le latin énonce sous la forme asinus asinum fricat.
    A force de vivre sous influences, on en viendrait à songer qu’elles sont cosmiques. Rien n’est plus erroné : le ciel n’aide pas. Seul l’azur l’azur l’azur l’azur.
    Pour en revenir à notre malsain glinglin, il s’évapore entre pas mal de candidats. La mauvaise compagnie de Jésus-crie-parceque-j’aizupeur penche pour Valentinus, curé à Rome, martyr sous Aurélien en 270. Les jansénistes optent pour l’évêque d’Interamma (notre Terni) décapité en 273 sous Claude II. Détail croustillant : leurs vieux os respectifs furent enterrés sur la même Via Flaminia (avant que leurs reliques partent se promener, les unes chez les Carmélites à Dublin, telles autres à l’église de Roquemaure dans le Gard – parce que le riche pinardier du coin pensait en 1868 qu’elles protégeraient ses vignes du phylloxera).

    Bref, on a canonisé ce drôle d’apôtre plusieurs siècles après sa mort, en l’honneur supposé de son sacrifice pour l’amour… de la dive bouteille ? On fera mieux de se souvenir que la fête de la Cinq-Valant tain fut instituée pour en finir avec les Lupercalia, fête païenne donné le 15 février, jour de la fertilité, et dédiée à Lupercus, dieu des troupeaux et des bergers, ainsi qu’à Junon, protectrice des femmes et du mariage romain. L’événement le plus marquant de ces bacchanales était la course des Luperques : des hommes mi-nus poursuivaient des femmes et les frappaient avec des lanières de peau de bouc, les coups reçus assurant fécondité et grossesse heureuse à celles-ci – panacée notoire jusqu’à la récente apparition sur le marché des féministes.
    N’oublions pas non plus que, sous certains climats, les oiseaux s’apparient pour la belle saison prochaine à la Saint-Valentin, comme il est reçu qu’en d’autres pays plus froids ils s’accouplent au 19 mars pour fêter la Saint-Joseph. Pigeon vole (avant de se faire plumer) : les hommes ont trouvé ce jour propice à la déclaration amoureuse.
    Mais pour faire état de la seule science, l’histoire, c’est au XVIIe siècle de notre comput que Valentine devint populaire. William Shakespeare, dans Hamlet, fait chanter Ophelia : To-morrow is Saint Valentine’s day.
     

    All in the morning betime,
    And I a maid at your window,
    To be your Valentine.
    Then up he rose and donned his clo’es
    And dupped the chamber door,
    Let in the maid, that out a maid,
    Never departed more.


    Et l’hugolâtre François-Victor (fils de) de traduire :
    Bonjour ! c’est la Saint-Valentin.
    Tous sont levés de grand matin.
    Me voici, vierge, à votre fenêtre,
    Pour être votre Valentine.
    Alors, il se leva et mit ses habits,
    Et ouvrit la porte de sa chambre ;
    Et vierge elle y entra,
    Et puis jamais vierge elle n’en sortit.


    On note sans peine la profondeur d’inspiration de la romantique célébration. Depuis l’érection de la première République en France, tout ce qui avait trait à la dynastie de droit divin et à sa mère l’église chrétienne avait été banni du calendrier. Foin des saints ! Ainsi le sextidi 26 Pluviôse était un jour placé sous le signe de la guède, pour honorer les teinturiers, les métiers et les arts et les produits de la nature qui les favorisaient.
    Le pastel des teinturiers ou la guède est une plante bisannuelle de la famille des Brassicacées – Isatis tinctoria L., (sous-)famille des Brassicaceae –, très cultivée autrefois dans la région du Lauragais pour la production d’une teinture bleue, le pastel.
    C’est une plante tinctoriale, fourragère, ornementale et médicinale. Un mot pour conclure sur cette dernière vertu : la racine et la feuille du pastel des teinturiers – appelées respectivement banlangen et daqingye en putonghua pinyin – sont employées en médecine traditionnelle chinoise contre les oreillons, l’hépatite infectieuse, le mal de gorge, le mal de tête et la fièvre. Récemment, des scientifiques ont découvert que le pastel des teinturiers pourrait servir à prévenir le cancer, car il a un taux de glucobrassicine vingt fois supérieur à celui du brocoli (Une plante tinctoriale contre le cancer, BBC News). L’Opus Dei précise à toutes fins utiles que le Concile d’Amour n’est pas pour demain.


    P.c.c. Sein sature nain

    (février 2012)


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