• Pour L’exemple

     Gedicus


    Pour L’exemple

    Du sérum physiologique a été saisi sur des personnes soupçonnées de se rendre à une manifestation en hommage à Rémi Fraisse. Sûrement que, bientôt, la police envisagera de considérer l’achat de citrons comme preuve de terrorisme potentiel ! Qui veut manifester aujourd’hui doit faire très attention à ce qu’il a dans ses poches. Pas de cure-dents surtout, arme létale par excellence. Faire attention aussi à la manière dont il s’habille : la capuche et le foulard sont preuves d’intentions délictueuses depuis que dissimuler son visage est interdit par la loi (sauf pour les soudards de l’État). Et on sait qu’aujourd’hui une intention supposée suffit, en France à être inculpé.

    Heureusement, de gentils « contestataires » ont trouvé le moyen d’éviter les « débordements » qui terminent souvent les manifestations en ville. Ils manifestent dans les champs, là où seules les vaches peuvent les voir et les entendre. On attend avec impatience la manifestation dans le jardin, dans le salon ou, mieux, directement dans les poulaillers des commissariats ce qui éviterait aux casqués de l’ordre des va et vient fatigants et dispendieux.

    Bien entendu, le plus raisonnable est de ne pas manifester du tout et laisser faire les « décideurs » qui savent si bien ce qui est bon pour nous. C’est pour l’avoir oublié que Rémi Fraisse se voit aujourd’hui reprocher de s’être jeté sous la grenade qui l’a tué, rien que pour embêter les autorités (Il a même poussé le vice jusqu’à n’être même pas un peu « black-bloc », « anarcho-autonome » ou autre « racaille violente »). Un peu comme Malik Oussekine qui, en 1986, s’était offert sous dialyse aux matraques des voltigeurs, rien que pour emmerder le ministre de l’intérieur de l’époque et « déstabiliser » l’État. Notons qu’à l’époque ça avait fait bouger pas mal de monde et, accessoirement, fait disparaître les dits voltigeurs. Aujourd’hui moins de monde descend dans la rue. Seuls quelques naïfs qui croient pouvoir faire entendre leurs raisons aux Robocops ou en appeler chez eux à un brin d’humanité, et auxquels les lacrymos et tonfas se chargent de faire comprendre leur erreur, et quelques énervés qui croient que leur colère suffira à leur faire gagner la bataille et qui s’imaginent qu’un lance-pierre peut battre les flash-balls et qu’un abribus cassé équivaut à la prise de la Bastille. Encore quelques manifs comme ça et quelques injections de plus de grosse peur des « casseurs » et les défenseurs de « l’État de droit » pourront peut être tranquillement faire tirer dans le tas, comme au bon vieux temps, sans que la majorité des citoyens s’en émeuve ou, du moins, le montre, ce qui revient au même.

    Parlant des mutins de 14-18, fusillés pour l’exemple, un historien note justement que c’était « pour faire peur aux autres ». Rémi Fraisse, fusillé pour l’exemple ? On va trouver ça bien exagéré. Mais si, comme l’affirme le sinistre de l’intérieur, « ce n’est pas une bavure », alors c’est quoi ? C’est clairement le choix délibéré de taper pour passer en force et satisfaire la rapacité des mafias régnantes.

    De plus en plus de gens, dont Rémi Fraisse faisait partie, tentent de s’opposer aux « grands projets inutiles et imposés » mais le plus grand des projets inutiles et nuisible qui nous est imposé c’est la perpétuation de cette société prédatrice et mortifère. C’est pour éviter que l’on essaie de la changer que les cognes cognent. Il ne faut donc pas espérer convaincre les maîtres de cette société de baisser les armes et « d’étudier sérieusement les alternatives » comme leur demandent humblement des politicards, plus souvent roublards que naïfs. Il faut construire et défendre les alternatives : Des ZAD partout. Et cultiver les citrons.

    Gédicus, 
    11 novembre 2014.

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