• Quel véhicule pour les fils de pub ?

    M. Lochu, sur les banlieues en feu de paille (automne 2006)

     

    Cela se passe dans un monde fabriqué à l’aune de la vacuité indispensable au devenir sans frein du Léviathan capitaliste, avec des écrans à la place des fenêtres, de la communication à la place des conversations. Le marché de la pub (ancien nom donné à la communication) réalise le deuxième chiffre d’affaire sur la planète, juste après le commerce des armes. Dans le cas de la publicité comme dans le cas de l’armement, il s’agit de tenir l’autre à sa merci. Et de lui apprendre à dire ce merci, si possible. C’est une voix qui susurre à l’oreille : « Souriez, vous êtes niqué ! » Et nous applaudissons…

    Le respect depuis longtemps s’est perdu envers une descendance mise au rencart par des rentiers décideurs censés lui servir d’exemple. Autant de beaux parleurs avides et crispés sur des valeurs boursières mal camouflées par de péteuses imprécations moralisatrices. Sans parler des mesures qu’ils prennent ou font prendre, mesures fascisantes des temps de guerre raciale, avec toujours le projet de nier les évidences et les possibles retours de bâton auxquels ils comptent échapper encore.

    De l’immobilité sociale, de la séparation intergénérationnelle, le torchon brûle. Chacun vivant chez soi, enfermé, il ne voit rien dehors qui se puisse atteindre. Dans un univers uniformisé où l’ailleurs est proscrit, à quoi bon se déplacer ? La bagnole n’est plus qu’un leurre, excroissance de l’hypermarché, de l’usine ou de l’hôpital. Est-il si absurde d’y mettre le feu ? Et ces réactions épidermiques aux aboiements d’un ministre, que font-elles d’autres qu’obéir à la dialectique publicitaire (donc celle des pouvoirs politiques) : capter l’attention dans l’inattention pour mieux « inexprimer » le trop facile à voir (pour qui veut voir). Là aussi, comme pour la gouvernance à prétention républicaine, il n’y a pas de message, pas de projet, juste un jeu sans enjeu, une vaine et inconséquente recherche de jouissance immédiate. Quand le pouvoir trouve son profit dans l’engagement sécuritaire il espère toujours en des « résistances » qui puissent le justifier. Dire qu’il est alors comblé, c’est peu dire…

    Dans les banlieues de Paris ou d’ailleurs, en novembre ou n’importe quand, on commet les attentats-suicides qu’on peut. Si de seuls ersatz suffisent à faire l’actualité, pourquoi se priverait-on de les produire ? Les « guérilleros » évitèrent tout contact avec les forces dites de l’ordre, toute violence sur des personnes, j’y verrai donc plutôt une leçon dispensée à moindre frais, un clin d’œil douloureux aux arbitres de la partie perdue d’avance.

    Dans ce contexte, brûler des « modèles » c’est peut-être refuser d’être les clones de géniteurs ou d’aînés aux destins humiliés, ou même les clones de rutilants gagneurs sans foi ni loi. C’est aussi faire de la place pour un autre modèle – non pas de voiture mais de société – qu’on aimerait moins absurde, moins esclavagiste. Va savoir !

    Quand il n’y a plus rien à intégrer, quand est proscrite l’aventure collective, il ne reste plus qu’à se consumer sur place, avec ou sans éclat. Et sur les chaînes TV qui écoulent le stress au prix du strass, le racisme au prix du beur, la paix civile au prix du feu, – soumis à la morgue de faux démocrates, trafiquants de haine et de sourires fats – vous apparaissez alors, gnome plausible entre deux spots publicitaires. « Souriez, vous êtes vendu ! » À la masse. Pour rien.
     

     

    M. Lochu
    in Le Mouton fiévreux (2e série) n°2  (2006).

     


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