• Sur deux acceptions inacceptables

     Jean-Claude Leroy

    Sur deux acceptions inacceptables 1- Sur «problématique

     

    Il doit à la littérature philosophique de s’être fait connaître. Est ainsi problématique ce « qui a le caractère du problème » (Littré). Est tout autant problématique quelque chose (ou quelqu’un) qui est équivoque. Est encore problématique la chose ou le personnage dont l’existence n’est pas sûre, mais « simplement possible » (Littré). Le problème est alors celui de l’existence même ou de la non existence même de la chose à laquelle il se rapporte. Ce problématique est là pour faire trembler la réalité, il suffit de le coller à un jugement pour que celui-là devienne hasardeux, sujet à caution, terrestre. C’est tout bonnement un magique adjuvant pour métaphysicien en herbe. Or, las de mettre en doute la réalité, de dire : existe-il ? existe-t-elle ? il est devenu, au gré des décennies récentes, de la négligence des locuteurs, un qualificatif fort usité et signifiant tout sommairement : qui pose problème. Certains  dictionnaires entérinent cette signification relâchée, quand les ouvrages de référence linguistique (Le Robert, Le Lexis, Le Trésor de la langue française) s’en tiennent heureusement à l’acception originelle, pure. Pour ma part, je n’en démords pas, je conserve à ce mot son historique et magique signification, toute littéraire et métaphysique, même si la longévité de cette acception pourrait bien, un jour ou l’autre, se faire… problématique.

     

    2- Sur « prosélyte »

    De prosélyte à prosélyte. Sans doute est-ce mon oreille trop affûtée par moi-même, je note depuis peu que l’usage de prosélyte pour indiquer celui qui pratique le prosélytisme se généralise. Bien sûr il y a l’exemple du mot « hôte » qui signifie aussi bien celui qui accueille que celui qui est reçu, mais était-ce une jurisprudence ? Un prosélyte n'est autre qu'un nouveau converti. Il a fait l’objet de prosélytisme. Cependant, pour beaucoup, tant est claire et utile la signification de prosélytisme, qui indique la séduction, le zèle mis à convertir, à répandre une foi, une conviction, une idée facile à fixer, que le prosélyte ne peut être que l’opérant lui-même, celui qui pratique. Pourtant le prosélyte est bel et bien celui qui a subi l’opération du zélateur, quitte à devenir lui-même, comme souvent, un zélateur,  comme pour dédommager par acquiescement outré celui qui l’a sauvé de la vie d’avant. Car le prosélyte est de meilleur acabit s’il a vraiment été en perdition, qu’un sauveur a pu ramener à une réalité plus respirable, au moins momentanément. Ainsi, les deux personnes se peuvent confondre, mais laissons les faire. En attendant chaque fois que je croise le mot « prosélyte », j’entends bien – suivant en cela le dictionnaire Robert et tous les dictionnaires de langue– qu’il s’agit d’un nouvel adepte et non d’un agitateur privé pour lequel il aurait fallu créer un substantif, « prosélytiste » me paraissant le plus évident, le plus facile à introduire. Mais faute d’une vitalité assez vraie, sinon d’agitation autour d’elle, la langue se traîne derrière une solution paresseuse et entérine à force d’endormissement le boitillement lexical des conversations, des articles de journaux ou d’universitaires. Certains dictionnaires engrangent maintenant cette acception félonne du mot prosélyte, comme si le bourreau avait désormais le droit de se faire appeler victime. J’ai l’air de chercher le diable dans un détail ? Peut-être. Si je l’avais trouvé, croyez-vous que je le garderais pour mon seul confort ?

     

     

     


    Tags Tags :
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :