• Toi bonhomme

     Jean-Claude Leroy

    toi bonhomme
    toi timide
    perdu dans ce maelström bavard
    tu entends l'antienne
    des prescripteurs et les ultimatums
    tu n'auras pas ta place si tu ne changes pas
    l'époque veut des fiers à bras
    des vantards, des exhibitionnistes
    des gagnants,
    l'époque suicide le monde
    mais tout le monde est d'accord
    tout le monde qui s'entend
    tout le monde qui s'égosille
    tout le monde qui répète
    tout le monde qui moutonne
    tout le monde qui fait monde
    sans faire personne
    sans faire quelqu'un
    sans que tu te sentes de ce monde
    tu n'es pas seul pourtant
    mais tu es mis au secret
    un secret qui te va bien
    que tu n'oses pas divulguer
    que tu aimes entretenir
    un secret de personne
    de ta personne
    que personne n'entend ni ne voit
    tu n'as pas ta place
    tu ne vocifères pas
    tu écris peut-être quelques mots
    sur des cahiers cachés dans des placards
    quelques mots qui n'ont rien à voir
    qui sont encore loin de ton secret
    mais qui cherchent à le rejoindre
    des mots tremblants qui rougissent
    des mots de feu qui ne chauffent qu'un seul endroit
    des mots à toi incapables de passer de l'un à l'autre
    des mots qui palpitent au lieu de battre
    mais sans confier à personne le secret que,
    peut-être, tu ne connais pas
    le tien pourtant qui te somme
    le tien, et le mien
    si tu veux m'entendre à mon tour
    je passe derrière toi
    j'ai cru entendre
    j'ai cueilli ton secret dans l'enclos
    je peux le dire, je le dis ton secret
    que j'invente
    et tu me dis que c'est bien lui
    que tu ne connais pas
    tu le portais si près de moi
    comme un ami clandestin
    dans un territoire ennemi
    je répète les mots sans les comprendre
    des mots d'une autre langue
    je suis possédé aujourd'hui par cette langue
    quelquefois la poésie
    je cherche ce bonhomme timide
    qui cachait son visage dans mes mains
    ce n'est pas moi c'est celui qui voudrait mourir
    plutôt que partir au front de la guerre sociale
    je me penche
    je perçois le silence
    je perce le mur du son
    je me perds d'être trop seul
    ce bonhomme ne me parle plus
    le fil s'est cassé


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  • Commentaires

    1
    Aluminium Roussette
    Samedi 31 Décembre 2011 à 19:40

    Quel beau voyage entre les doubles, de soi à soi, à l'écoute. Le secret, c'est toujours l'autre qui le porte, toujours l'autre. On se regarde par derrière pour se saisir, chasseur qui est son propre gibier. A toi. Alain Roussel

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