• Touches au pavois (extraits)

    Claude-Lucien Cauët

     

     

     il ne faut pas se fier aux apparences
    dit-on
     elle voilerait la vérité

    mais l’apparence habille seulement la médiocrité

    il n’y a rien derrière
    elle est la seule existence

     

    * * *

    des pans entiers de cruauté se détachent de la statue scellée à l’escalade tout en haut de la falaise

    les petits hommes aux yeux ronds empilent des ma­juscules jusqu’aux nuages et les ac­crochent aux points de suspension

    mais les lettres se mettent à pleu­voir tant et si bien que la colonne s’écroule au pied de l’échelle

    écorchés à la racine des cheveux les gnomes tirent d’un cliché de crapule des images de Saint-Sulpice

    à la tombée du jour ils clament à tout-va le vent et sur les écrans comme ils sont bons les fripons et de grande utilité

    je ne sais en quel lointain ma pensée s’ébat quel sas aux essences de fête m’ac­cueille et va s’ouvrir sur l’infini en isolant le monde

     

    * * *

    à merveille s’annonce la nouvelle saison
    il y aura des engins nouveaux
    César en tomberait raide
    pensez

    caresser Cléopâtre par-dessus la méditerranée
    chasser le sanglier avec Astérix
    filmer son propre assassinat sur les réseaux

    la nouvelle saison nous réserve des surprises
    dans les caves où suintent le sang des esclaves
    au sommet des gratte-ciel
    bilboquets de ventres kamikaze
    sur les mers souillées dans le verre de Neptune

    qui va chanter la guerre quand le monde sifflote ?

     

    * * *

     

    une simple fuite par une fente si fine que je l’avais prise pour un trait de crayon sur la page du nouveau jour

    juste avant que ne se referme le livre

    une ligne de fuite par où se sont évadées toutes les fi­gures du zodiaque

    sur le chemin qui gravit le mont Légat je trébuche sur la sacoche vide du facteur

    j’aimerais être sûr que les lettres ont bien été distri­buées glis­sées dans les fissures des murs et sauvées par le sable qui efface les fê­lures du crâne

    la prunelle décisive et la paupière en rideau

    la caméra obscure où se projette la nuit

     

     

    Claude-Lucien Cauët, Touches au pavois, APA 2020.
    (p. 14 à 17)


  • Commentaires

    1
    Clair-obscur
    Mardi 15 Décembre 2020 à 08:54
    Particulièrement bouleversé par cette écriture d’une finesse que peu atteignent.
    Ces mots, choisis sans aucun doute avec empreinte, J’espère lire de nouveaux poèmes de Claude - Lucien Cauët.


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