• tu crois que je hurle

     Jean-Claude Leroy

     

     

    tu crois que je hurle

    c’est ton propre cri que tu entends

    dans mon silence

     

    c’est ton angoisse

    devant le miroir noir

    où ton ombre n’a plus prise

     

    mon poème n’a pas d’idées

    tu dois le manger cru

    comme une viande sauvage

     

    ce que tu recraches

    c’est cela qu’il faudrait publier

    où aucun lecteur ne s’aventure

     

    * * *

     

    tu veux puiser encore

    quand le profond s’abouche avec toi

     

    tu veux éreinter le silence

    sans non plus le trahir

     

    c’est ta main finalement qui tremble

    car elle seule connaît la valeur de l’écriture

     

    tu aimerais parfois la trancher

    pour que les mots t’appartiennent.

     

    * * *

     

    méfie-toi des mots que tu connais

    ils te connaissent aussi

     

    dépouille-les avec tes dents

    pour les rendre justifiables devant tous les tribunaux

     

    même si c’est le mot le plus courant

    il faut qu’il ne soit qu’à toi seul

    au moment où tu le prononces

     

    dans chaque mot

    c’est toi tout entier

    c’est donc toi l’accusé.

     

     


  • Commentaires

    1
    Joël Gayraud
    Jeudi 19 Mars à 02:08

    Somptueuse sauvagerie des mots nus, des mots sans écorce, vêtus de leur seule sève.

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