• Wageeh Wahba ou l'impossible acclimatation

      Wageeh Wahba    Jean-Claude Leroy


    Mélancoliques, les silhouettes qui se détachent dans les peintures de Wageeh Wahba insinuent des murmures diaphanes à parfum d'hypnose, un même détachement éthéré les apprivoise. Distance exténuante entre des êtres qui pourtant cohabitent, mais dans un éternel « théâtre de la séparation »... Cet apaisement-là, qui en découle, n'est pas vainqueur ; il succombe.
    Ici, la couleur des Fauves se retrouve à crier au sein de mises en scènes hiératiques, déclinées à l'infini, comme empruntées à un Delvaux déréglé, affolé. Fantasmagories inquiètes, les toiles se répondent les unes les autres dans un dialogue impossible et saisissant. Entre forme et force, des visages apparus dans la douleur se dissolvent à travers la lumière bleue d'un soleil aveuglant. Peut- être dernier éclaireur du mouvement Der Blaue Reiter, égaré cent ans plus tard, le pinceau de Wahba n'en exacerbe pas moins sans violence, lénifie sans amollir. Et rien n'est tranché, on ne sait pas où a lieu l'apparition, à quelle heure : toujours à un moment charnière dans un espace indéfini, lointain et intime, en-dehors d'un réalisme opportun et marchand auquel il n'est pas question de se soumettre. Comme si le temps de la toile, promesse heureuse et inavouable, était suspendu à l'indécision perverse d'un créateur, en attendant le recommencement du cycle ou de l'extase.


    Jean-Claude Leroy (décembre 2010)


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